« Copland », sur Paramount Channel : et Sylvester Stallone redevint un acteur

Harvey Keitel, Sylvester Stallone et Robert De Niro dans « Copland » (1997), de James Mangold.

PARAMOUNT CHANNEL – SAMEDI 18 SEPTEMBRE À 20 H 40 – FILM

Dans Garrison, une cité-dortoir du New Jersey baptisée « Copland » en raison du nombre de policiers qui y habitent, l’ordre est entre de bonnes mains. Sauf que la loi en vigueur n’a rien à voir avec celle mentionnée dans le code civil. Freddy Heflin, le shérif local (Sylvester Stallone), à moitié sourd, obèse, fruste et guère intelligent, se contente de régler la circulation et délègue le reste de son pouvoir à Ray Donlan (Harvey Keitel), un officier corrompu qui a transformé Garrison en une ville franche ; la loi du silence en échange d’un confort avantageux octroyé à chacun des flics de la communauté.

La manière dont Heflin va prendre en main son destin de médiocre pour céder aux injonctions de Moe Tilden (Robert De Niro), un inspecteur de la police des polices, est caractéristique du modèle du shérif institué par le western dans les années 1950, écœuré par le sentiment de l’imperfection de la justice humaine et gagné par la tentation de la sécurité personnelle ou familiale.

Parfait classicisme

Toute la démarche du film consiste à faire disparaître l’enclave de « Copland » pour l’intégrer à l’autre rive de l’Hudson, à effacer l’idée de territoire pour l’intégrer à un pays. Cette démarche, d’un parfait classicisme, fait de Copland autre chose qu’une œuvre de bonne facture ou un simple exercice de style.

En 1997, James Mangold filme Stallone en quinquagénaire lent et alourdi, mal à l’aise dans son corps gras, se réfugiant dans les bras d’Annabella Sciorra, sa maîtresse de passage, comme un gamin maladroit venu chercher un peu d’érotisme et de sommeil. Il y a du Victor Mature (celui de La Poursuite infernale, 1946, film de John Ford, dont James Mangold reprend la structure dans Copland) chez Stallone.

Il possède, comme lui, cette capacité à afficher en un regard une immense détresse, à traîner comme un fardeau une vie gâchée, reflet d’une carrière d’acteur elle aussi ratée.

Lire le portrait paru dans « M » en 2019 : Sylvester Stallone, l’histoire d’un jeune homme fauché devenu légende d’Hollywood

Car c’est de cela qu’il est question dans Copland : un homme qui avait tout pour lui et qui, à la suite d’un banal accident, gamin, se retrouve avec une oreille en moins et une existence gâchée. Freddy Heflin est la réplique du shérif Tucker, interprété par Henry Fonda dans Du sang dans le désert (1957), d’Anthony Mann, où il incarnait un homme lâchant son étoile et qui, avec toute la détermination du héros mannien, retrouvait la force de refaire son métier. Le fantôme Stallone, l’acteur comme le personnage qu’il interprète, finit par retourner à la vie. Et sa résurrection a quelque chose d’émouvant. Copland est l’équivalent d’un disque microsillon enregistré en son mono. On le conserve, on le soigne, et on lui apporte l’attention qu’on doit à un art que l’on croyait disparu.

Copland, de James Mangold. Avec Sylvester Stallone, Robert De Niro, Harvey Keitel (EU, 1997, 125 min).