« Corée du Nord, les hommes du dictateur », sur Public Sénat : les « expats » qui financent le régime de Kim Jong-un

Kim Jong-un, leader de la Corée du Nord, à Pyongyang, photo non datée publiée le 7 mars 2021 par la Korean Central News Agency (KCNA).

PUBLIC SÉNAT – MARDI 10 AOÛT À 20 H 35 – DOCUMENTAIRE

« Comment ce pays, au ban des nations, parmi les plus pauvres de la planète, a-t-il pu se doter d’un tel arsenal ? » Depuis son accession au pouvoir à la mort de son père en 2011, Kim Jong-un a accéléré les programmes nucléaires et balistiques. Le petit-fils du fondateur de la République populaire démocratique de Corée a procédé à « plus de 85 tirs de missiles et quatre essais nucléaires, deux fois plus que son père et son grand-père réunis ».

En 2017, le régime affirme qu’il peut désormais frapper le territoire des Etats-Unis. Trois ans après le tournage du documentaire, essais nucléaires et tirs de missiles se poursuivent en mer du Japon ou dans l’océan Pacifique. Nonobstant les résolutions et les sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU depuis 2006.

L’impact de ses sanctions reste sujet à caution tant il est difficile d’obtenir des chiffres fiables. En 2018, la banque centrale de Séoul (Corée du Sud) estimait que l’économie nord-coréenne résistait bien, le PIB progressant même en moyenne de 1,24 % chaque année depuis l’arrivée de Kim Jong-un au pouvoir. Grâce au partenaire et grand frère chinois, qui représente 80 % des échanges commerciaux avec le régime communiste de Pyongyang.

Un système secret bien rodé

Mais pour continuer de développer l’arsenal nucléaire, Kim Jong-un profite de toute une économie parallèle. Quelque « 150 000 travailleurs nord-coréens » sont expatriés par le régime, principalement en Chine, en Russie, mais aussi ailleurs dans le monde. Ils financent par leur travail une caisse occulte. En croisant les révélations d’anciens « hommes du dictateur » qui ont fait défection au péril de leur vie et de celle de leur famille restée au pays – ouvriers sur les chantiers de construction de Mongolie ou du Koweït, cadres administratifs, banquiers dans les arcanes de l’opaque pouvoir nord-coréen… –, Marjolaine Grappe dévoile l’étendue d’un système secret et bien rodé.

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La journaliste a collecté les témoignages rarissimes d’anciens employés nord-coréens réfugiés, le plus souvent à visage découvert. Car le régime ne laisse partir, sous étroite surveillance, que ceux qui ont de bonnes raisons de rentrer (femme, enfants…). La Corée du Nord gagnerait ainsi chaque année « 450 millions d’euros grâce au salaire de ses travailleurs envoyés dans le secret hors des frontières », dont « 70 à 80 % sont confisqués par le régime », explique l’un des témoins. Un véritable « fonds de cour royale », ainsi que le qualifie un des témoins, qui existerait depuis 1974.

Autorisée à tourner en Corée du Nord, la documentariste en profite pour donner à voir des images rares de ce pays fermé et de sa capitale Pyongyang. « Kim Jong-un y inaugure un nouveau quartier par an depuis qu’il dirige le pays », observe l’autrice en montrant comment la redoutable et omniprésente propagande du régime s’y déploie, autour de la fierté nationaliste, pour résister aux sanctions étrangères.

Corée du Nord : les hommes du dictateur, documentaire de Marjolaine Grappe (France, 2018, 63 min). ???LCP???Public Sénat