Coronavirus, ce qu’il faut savoir cette semaine : coup de semonce

Face à la progression des contaminations et le ralentissement de la vaccination, l’exécutif décide la vaccination obligatoire des soignants et l’élargissement du pass sanitaire.

Bonjour,

Deux jours après la prise de parole présidentielle, les questions se bousculent et les polémiques enflent tandis que des ajustements sont demandés. L’application du pass sanitaire, contestée hier dans la rue, a été assouplie pour les mineurs de 12 à 17 ans mais les restaurateurs, eux, voudraient retarder sa mise en œuvre. Autant dire que pour les Français non vaccinés, l’été s’annonce compliqué. Peut-être un peu moins pour les 2 millions de Français qui se sont déjà précipités sur les plateformes de réservation. Quant aux soignants, ils risquent la suspension s’ils ne sont pas vaccinés au 15 septembre. Cela suffira-t-il à endiguer la progression du variant Delta? Il est aujourd’hui majoritaire et pourrait entraîner une hausse des hospitalisations à la rentrée.

Bonne lecture,

Camille Lestienne, journaliste au Figaro

1. Le tour de vis de l’exécutif

Emmanuel Macron a annoncé lundi l’extension du pass sanitaire aux lieux de vie comme les restaurants et les bars à partir du mois d’août. PASCAL ROSSIGNOL / REUTERS

L’allocution du président de la République. Lundi soir à 20 heures, Emmanuel Macron a exhorté les Français à se faire vacciner. «Nous devons aller vers la vaccination de tous les Français, car c’est le seul chemin possible», a-t-il expliqué avant d’annoncer les dispositions prises par l’exécutif: l’élargissement du pass sanitaire, l’obligation vaccinale pour les soignants et non-soignants travaillant avec les personnes fragiles ainsi que le déremboursement des tests dits de confort. Le porte-parole du gouvernement s’est prêté le lendemain à un périlleux exercice de service après-vente: «Il n’y a pas d’obligation vaccinale, il y a une incitation maximale», a martelé Gabriel Attal tandis que La France Insoumise et le Rassemblement national ont dénoncé des «privations de libertés». Mercredi, près de 20.000 personnes ont manifesté dans une vingtaine de villes «contre la dictature» et «contre le pass sanitaire» tandis que d’autres cherchaient à se procurer de faux pass sanitaires. Un baume au cœur pour le gouvernement: selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro, 62% des personnes interrogées pensent que ces mesures sont efficaces sans être si contraignantes que cela.

L’extension du pass sanitaire fait des vagues. L’annonce a pris de court. Le pass sanitaire, ou passe sanitaire pour les Académiciens, est élargi à partir du 21 juillet aux lieux de culture et de loisirs qui accueillent plus de de 50 personnes. Et certains font grise mine. «Nous nous sentons punis. Nous craignons une chute de la fréquentation, personne ne va faire un test PCR pour aller voir un film», s’inquiète le délégué général de la Fédération National des Cinémas Français (FNCF). Début août le précieux sésame devra être présenté à l’entrée des restaurants, des bars, des trains ou des centres commerciaux. Un casse-tête pour les professionnels qui vont également devoir demander à leurs employés d’être vaccinés. Les bars et restaurants demandent un délai supplémentaire, au mois de septembre comme pour les soignants. Aux familles catastrophées, le gouvernement a accordé plus de souplesse exemptant les 12-17 ans de pass sanitaire jusqu’au 30 août. En revanche, sur d’autres points l’exécutif accroît sa fermeté. L’avant-projet de loi reprenant les mesures annoncées par le président prévoit un isolement obligatoire de dix jours pour les personnes déclarées positives ainsi que 45.000 euros d’amende pour un responsable d’établissement qui n’appliquerait pas le contrôle du pass sanitaire.

L’obligation vaccinale pour les soignants crée des remous. Le projet de loi sera présenté en Conseil des ministres lundi 19 juillet et examiné dans la semaine par le Parlement. Le gouvernement a décidé de rendre la vaccination conte le Covid-19 obligatoire pour les soignants et pour les professionnels travaillant auprès des personnes fragiles. À partir du 15 septembre, ceux qui n’auront pas un schéma vaccinal complet pourront être suspendus, l’équivalent d’un congé sans solde. Chez les professionnels des Ehpad et unités de soin longue durée (USLD), le taux de vaccination est inférieur à celui de la population en général. Six professionnels sur dix exerçant en Ehpad et USLD ont reçu au moins une dose. L’annonce d’Emmanuel Macron a, pour le moins, agacé le personnel soignant. «Comme s’ils pouvaient se passer de nous», ironise une infirmière interrogée par Le Figaro tandis qu’une autre se demande: « pourquoi nous contraindre, comme des enfants ?»

2. Vaccin: Plus de 2 millions de rendez-vous

À Nogent-le-Rotrou le 13 juillet, ils étaient nombreux à se présenter sans rendez-vous pour tenter d’obtenir une injection du vaccin contre le Covid-19. JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Saturation des réservations. Les annonces du président de la République ont eu un effet immédiat sur la plateforme de réservation Doctolib. Plus de 900.000 rendez-vous étaient pris dans la soirée de lundi. Depuis, ce sont plus de 2,2 millions de Français qui se sont résolus à cliquer sur un créneau disponible pour une première injection. Souvent plus résignés que convaincus, les retardataires de la vaccination tentent de sauver leurs vacances mais d’autres choisissent de «résister» quitte à se passer de loisirs. Aurons-nous assez de doses pour vacciner tous ces nouveaux «volontaires»? Dans son dernier avis, le Conseil scientifique évoquait l’objectif de 45 millions de Français ayant reçu au moins une dose pour envisager une immunité de groupe. Cela, c’était avant le variant Delta. Ce seuil toutefois pourrait être atteint à la mi-septembre au vu du calendrier de livraison. S’ajouteront à cela, les troisièmes doses annoncées lundi par Emmanuel Macron pour les personnes âgées qui ont reçu leurs injections en janvier et février. Un avis de la Haute Autorité de santé est attendu dans les jours qui viennent pour préciser les modalités d’application de ce rappel. L’accès au vaccin toutefois reste difficile pour une partie de la population comme le révèle une chercheuse du CNRS qui met en avant la corrélation entre les revenus et le taux de vaccination. Les difficultés de déplacement, la fracture numérique ou la précarité sont autant de raisons de ne pas se faire vacciner.

Les chiffres à retenir

  • 36,4 millions de personnes ont reçu une première dose (54% de la population) .
  • 28,7 millions de personnes ont un schéma vaccinal complet (42,5% de la population).

Source : Direction générale de la Santé au 14 juillet

Le jeu de la balance bénéfice/risque. Le bénéfice de la vaccination reste pourtant indéniable malgré les risques d’effets secondaires. C’est le cas pour le vaccin de Johnson & Johnson qui peut provoquer de rares cas de syndrome de Guillain-Barré mais aussi pour tous les adolescents. Le risque de myocardite lié aux vaccins à ARN messager détecté chez les jeunes est largement contrebalancé par les bénéfices individuels directs selon une publication des centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) américains. La vaccination permet d’éviter un nombre non négligeable d’hospitalisations, de réanimations, de syndromes inflammatoires multisystémiques pédiatriques et de Covid longs.

3. Où en est l’épidémie?

Taux d’incidence hebdomadaire par département du Covid-19 pour 100 000 personnes. Moyenne glissante sur 7 jours. Fig data

Le variant Delta majoritaire. Beaucoup plus contagieuse, la mutation du Sars-CoV-2 venue d’Inde a bouleversé les prévisions qui nous faisaient espérer un été calme. Près de 9000 cas ont été détectés hier, un nombre qui a doublé en moins d’une semaine. Une hausse qui ne se traduit pas encore à l’hôpital où moins de 1000 malades sont en soins critiques. Dans le pire scénario des scientifiques de l’Institut Pasteur, le nombre de contaminations quotidiennes pourrait atteindre les 40.000 au 1er août et provoquer un pic d’hospitalisation supérieur à celui de la première vague au mois de septembre. «Ce scénario est assez sombre, mais nous avons de réelles raisons de garder un certain optimisme, tempère Simon Cauchemez, le responsable du laboratoire de modélisation mathématique. Il faudrait pour cela vacciner la moitié des non-vaccinés et ne pas relâcher les mesures barrière. Dans certains départements, le taux d’incidence est en forte augmentation et quatre d’entre eux sont proches des 200 contaminations pour 100.000 habitants. Les préfets, comme l’a annoncé Emmanuel Macron lundi, pourront y prendre des mesures de freinage. C’est déjà le cas en Martinique mais la Guyane, la Réunion et les Pyrénées-Orientales pourraient bientôt être concernés.

Les chiffres à retenir

  • 931 malades en soins critiques (-2 depuis la veille)
  • 7047 patients hospitalisés (-29 depuis la veille)
  • 8875 nouveaux cas détectés en 24 heures
  • 6 décès en 24 heures (111.442 morts depuis le début de l’épidémie)

Source : Santé publique France au 14 juillet

4. Comment voyager cet été?

Malte a renoncé à fermer ses frontières aux non-vaccinés mais leur impose une quarantaine. Fred / stock.adobe.com

Ça se complique. Les rebondissements autour de l’accès des touristes à l’île de Malte vont-ils donner le ton de l’été? Après avoir annoncé la semaine dernière fermer ses frontières aux non-vaccinés, Malte a finalement rétropédalé mais leur impose une quarantaine. Par ailleurs, des adolescents, cas contact, s’y retrouvent bloqués à l’isolement. Des restrictions sont de nouveau imposées en Espagne et au Portugal et un test négatif est exigé aux touristes non-vaccinés pour rentrer en France. Des contraintes et du stress pour les Français qui espéraient s’évader cet été, loin du Covid. «Puis-je aller en Espagne si je ne suis pas vacciné ?», «le pass sanitaire sera-t-il exigé au camping ?», le service Voyage du Figaro se met en quatre et répond à toutes vos questions et vous explique toutes les finesses du classement vert, orange ou rouge des pays.

5. Calendrier, pass et masques

Pass sanitaire. À partir du 21 juillet, le pass sanitaire, déjà obligatoire pour les événements de plus de 1000 personnes et dans les discothèques, sera exigé pour se rendre dans les lieux de culture et de loisirs accueillant plus de 50 personnes (cinéma, théâtre, concerts, festivals, etc.). Début août, il sera demandé à l’entrée des restaurants et des bars, à l’intérieur comme à l’extérieur, dans les trains, les cars et les avions, les centres commerciaux, maisons de retraite et établissements médicaux. Les salariés sont également concernés et devront avoir reçu une première injection au 1er août ou effectuer un test tous les deux jours. Les lieux de culte ne sont pas concernés. Les jeunes de 12 à 17 ans en sont exemptés jusqu’au 30 août. Pour rappel, le pass sanitaire n’est pas un certificat de vaccination. Pour qu’il soit valide, il faut être soit totalement vacciné depuis une semaine, soit présenter un test PCR ou antigénique négatif de moins de 48 heures ou une preuve de guérison (un test positif) de plus de 11 jours et de moins de 6 mois. Il se présente sous la forme d’un QR code stocké dans l’application TousAntiCovid ou sous format papier.

Le port du masque est toujours obligatoire dans les lieux clos et à l’extérieur lorsque la distanciation n’est pas possible (marchés, files d’attente, quais de gares, etc.). Certaines communes, comme Nice ou Le Touquet, ont d’ores et déjà réimposé le masque en extérieur dans certains lieux très fréquentés.

Un certificat pour voyager. Depuis le 1er juillet, les Européens peuvent voyager plus facilement au sein du continent grâce à des preuves certifiées de vaccination ou de tests négatifs rassemblées dans un document unique. En format numérique ou papier. Attention cependant, chaque pays peut continuer d’appliquer des règles spécifiques.

6. Les réflexes à conserver

Le virus se transmet par les gouttelettes et les aérosols. Les gestes barrières détaillés par le ministère de la Santé doivent être observés pour se protéger et protéger les autres:

  • Se laver les mains régulièrement ou utiliser du gel hydroalcoolique
  • Tousser ou éternuer dans le pli de son coude
  • Utiliser des mouchoirs à usage unique
  • Porter un masque dans les espaces publics quand la distance de deux mètres ne peut pas être respectée
  • Respecter une distance d’au moins deux mètres avec les autres
  • Limiter au maximum ses contacts sociaux (6 maximum)
  • Eviter de se toucher le visage
  • Aérer les pièces le plus souvent possible, au minimum quelques minutes toutes les heures
  • Saluer sans serrer la main et arrêter les embrassades

7. Que faire en cas de symptômes ?

La maladie se manifeste par plusieurs symptômes, le plus souvent la toux et la fièvre.

Le plus important est de se faire tester. Selon les recommandations du ministère de la Santé, vous devez, en cas de symptômes, rester à domicile et contacter votre médecin qui vous prescrira un test. En attendant le résultat, vous devez vous isoler, porter un masque et préparer la liste des personnes que vous auriez pu contaminer.

À la semaine prochaine.