Corsica Ferries : le Conseil d’Etat confirme la condamnation de la Collectivité de Corse

Un ferry Corsica Ferries, le 5 janvier 2021, à Toulon.

L’affaire concerne la desserte maritime de la Corse. La Collectivité de Corse a été définitivement condamnée, mercredi 29 septembre, par le Conseil d’Etat à verser 86,3 millions d’euros à la compagnie maritime Corsica Ferries, en réparation d’un préjudice lié au « subventionnement illégal » de sa concurrente, l’ex-Société nationale maritime Corse Méditerranée (SNCM) entre 2007 et 2013.

« Le pourvoi formé par la Collectivité de Corse contre les arrêts du 12 février 2018 et du 22 février 2021 de la cour administrative d’appel de Marseille n’est pas admis », écrit le Conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative française, dans sa décision consultée par l’Agence France-Presse (AFP). Dans son jugement initial, le tribunal administratif de Bastia avait estimé ce préjudice à 84,3 millions d’euros. La cour administrative d’appel de Marseille l’avait réévalué à 86,3 millions d’euros en février 2021, sur la base d’une expertise économique, l’assortissant des intérêts au taux légal depuis décembre 2014.

Attribution de la délégation de service public

La Corsica Ferries avait dénoncé l’attribution par la Collectivité territoriale de Corse (CTC) de la délégation de service public (DSP) à la SNCM, aujourd’hui disparue, et à la Compagnie méditerranéenne de navigation (CMN). Les deux compagnies avaient assuré la desserte maritime entre le port de Marseille et la Corse entre juillet 2007 et décembre 2013.

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La compagnie aux navires jaunes, leader pour le transport des passagers entre la Corse et le continent, se considérait victime d’un préjudice et disait subir une concurrence irrégulière en période de pointe, la SNCM bénéficiant d’une aide dite « de service complémentaire » pour l’exploitation de deux de ses navires en période de pointe.

Cette « compensation financière annuelle d’environ 40 millions d’euros », qui a été versée par la CTC à la SNCM, avait été jugée par la Commission européenne en 2013 comme étant « des aides publiques incompatibles avec la liberté de la concurrence dans le marché intérieur », avait rappelé la cour administrative d’appel. La Commission européenne avait ordonné en 2014 la restitution de ces aides illégalement versées.

Dans un premier arrêt du 12 février 2018, la cour administrative d’appel de Marseille avait mentionné avoir « admis le principe de la responsabilité de la Collectivité de Corse », estimant que le service complémentaire avait été « directement à l’origine d’une perte de clientèle pour la Corsica Ferries ». Elle avait ordonné une expertise économique afin de chiffrer « le manque à gagner ».

Malgré sa condamnation, « la Collectivité de Corse continue à aller à rebours de la loi en lançant des DSP avec subvention du transport de passagers, qui écartent systématiquement Corsica Ferries des appels d’offres », avait dénoncé, après la décision de février 2021, le président de Corsica Ferries, Pierre Mattei, craignant que « la facture [ne] devien[ne] vraiment trop salée pour les Corses ».

Le Monde avec AFP