Coup de filet dans les profondeurs du Web

La plate-forme démantelée comptait quelque 2 500 inscrits et des dizaines de vendeurs.

La traque a été longue, mais les cyberdouaniers ont fini par faire une belle prise. Le 17 mai, ces enquêteurs spécialisés dans la fraude sur Internet et qui officient sous la tutelle du ministère de l’économie ont démantelé LMP (Le Monde parallèle), le plus grand forum francophone du deep Web. Un site de discussion très libre, qui hébergeait surtout « un supermarché de produits illicites », dixit les agents. Entre autres services illégaux, LMP proposait des stupéfiants (cannabis, cocaïne, drogues de synthèse…), des armes et tout un panel de faux documents d’identité.

Les deux administrateurs de la plate-forme, un homme et une femme connus sous les pseudos de Cyborz et Eir, ont été interpellés le même jour à leurs domiciles respectifs. Tous deux ont été mis en examen le 21 mai pour leur complicité dans une interminable liste d’infractions, allant du trafic de stupéfiants au trafic d’armes, en passant par l’escroquerie en bande organisée et le piratage informatique. Cyborz a été placé en détention provisoire et Eir sous contrôle judiciaire.

Les traces rares des clients

Créée en 2018, LMP avait pris son essor à l’automne 2019, profitant du démantèlement de deux autres géants du dark Net francophone, Black Hand, en juin 2018, et French Deep Web-Market, un an plus tard. « Les vendeurs avaient alors tous migré vers LMP », explique un responsable de la cellule cyberdouane.

La plate-forme, qui s’était spécialisée dans le carding, c’est-à-dire le vol et la revente de données bancaires, allant jusqu’au piratage de cartes cadeaux, comptait quelque 2 500 inscrits, tous cooptés ou dûment validés par les responsables du site, et des dizaines de vendeurs. Elle comptabilisait plusieurs centaines de connexions par jour et aurait brassé des dizaines de milliers d’euros ces deux dernières années. L’enquête a pris des mois, tant les traces laissées par les clients de ce type de sites sont rares : utilisation de pseudos, paiements intraçables puisque effectués en cryptomonnaie, comptes ouverts avec de faux documents…

« Cyborz, dans la vie réelle, vivait d’intérim, de petits boulots et de délinquance. » Un proche du dossier

Voilà pourtant quatre ans que les enquêteurs avaient repéré Cyborz, 25 ans, le fondateur de LMP. Installé dans la région de Metz, il était déjà connu de la justice pour des faits d’escroquerie et de trafic. « Cyborz, dans la vie réelle, vivait d’intérim, de petits boulots et de délinquance », raconte un proche du dossier.

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