Coup de semonce à Wall Street : les marchés s’inquiètent d’une stagflation et du blocage politique à Washington

A la Bourse de New York, le 28 septembre 2021.

Wall Street a dévissé, mardi 28 septembre, avec un recul de plus de 2 % de l’indice S&P 500 tandis que le Nasdaq, l’indice riche en valeurs technologiques, perdait 2,83 %.

Les marchés remonteront peut-être rapidement, tant sont abondantes les liquidités dans un monde où les banques centrales fixent encore le loyer de l’argent à zéro, et les indices sont encore proches de leurs records – le recul est limité à respectivement 4,25 % et à 5,6 % pour le S&P 500 et le Nasdaq depuis leurs plus hauts de début septembre et la progression, depuis le début de l’année, reste de + 17,6 % et de + 14,5 %. Mais le coup de semonce est sérieux.

Obstacles à la reprise de l’économie mondiale

Les nuages s’accumulent alors que le risque de « stagflation » – une stagnation accompagnée d’inflation et de chômage – se fait craindre.

Première inquiétude, l’inflation, qui dépasse un rythme annuel de 5 % aux Etats-Unis depuis plus de trois mois. Ces derniers temps, la Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale) a estimé qu’il s’agit d’un mouvement passager, dû à des goulets d’étranglement et que le retour à la normale interviendrait en 2022.

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Le discours est désormais plus mitigé : ce retour à la normale sera plus long que prévu tandis que se multiplient les obstacles à la reprise de l’économie mondiale. Il y a bien sûr les semi-conducteurs, qui entravent la reprise de l’automobile américaine ; mais aussi l’envolée des coûts du fret, en raison notamment des blocages dans le port de Shanghaï ou de Long Beach-Los Angeles en Californie ; et désormais le choc pétrolier qui frappe la planète avec un prix du baril au-delà de 80 dollars pour la première fois depuis trois ans.

De ce fait, les investisseurs estiment désormais que la normalisation de la politique monétaire américaine se fera plus vite que prévu, avec la réduction des achats de la dette émise par les banques et les entreprises à partir de novembre et peut-être une hausse des taux d’intérêts – fixés entre zéro et 0,25 % depuis le début de la pandémie en mars 2020 – dès 2022. Logiquement, les taux d’intérêts américains à dix ans sont remontés, avec un rendement exigé des opérateurs passant à 1,56 % en cours de séance, son plus haut niveau depuis le mois de juin 2021. Ces taux étaient encore à 1,3 % jeudi 23 septembre.

Un goût de déjà-vu

Cette normalisation jugée inéluctable si la Fed veut empêcher l’inflation de déraper est d’autant plus contrariante que l’économie des Etats-Unis est loin d’avoir retrouvé le plein-emploi, comme l’a déploré, mardi, devant le Congrès, le président de l’institution monétaire, Jerome Powell. Elle connaît des pénuries de main-d’œuvre dans les services et fait face à une baisse du moral en raison du variant Delta du Covid-19. Entre ses deux objectifs – l’inflation et le plein-emploi –, la banque centrale risque de se retrouver tiraillée.

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