Courant d’air dans le design

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Publié aujourd’hui à 18h00

Sous la copie de la coupole de la cathédrale de Cahors, l’installation des Finlandais de Lundén Architecture Company (Another Generosity, 2018) s’est dégonflée la veille du vernissage. C’est le risque du métier avec des ballons remplis d’air. Celui qu’ont pris le Centre Pompidou-Metz et la Cité de l’architecture et du patrimoine, coproducteurs de l’exposition « Aerodream. Architecture, design et structures gonflables », à voir – après un semestre passé en Lorraine – dans la capitale jusqu’au 14 février 2022.

Dans le musée parisien, six œuvres d’art prennent vent sous les cimaises, animant de facto les collections permanentes dédiées à l’architecture et au patrimoine du Moyen Age à nos jours. Elles sont une nouveauté de l’exposition de Paris par rapport à Metz, à commencer par ces bulles de verre (Moments of Happiness, 2019) de Verhoeven Twins, qui accueillent le visiteur dès le hall d’entrée. L’essentiel du propos se trouve au sous-sol, dans la galerie d’exposition temporaire qui fourmille de dessins (ils ont été changés aussi, pour des raisons de conservation), de films, de maquettes, et de moult ballons de baudruche plus ou moins fonctionnels.

Another Generosity (2018), de Lundén Architecture Company sous la copie de la coupole de la cathédrale de Cahors, à Paris.

Avec plus de 300 œuvres et 500 références, l’exposition parisienne s’attarde sur deux décennies de création échevelée : l’époque 1950-1970 du plastique triomphant et de ses colistiers (caoutchouc et dérivés, résilles tissées, etc.). L’engouement pour ces matériaux inédits, légers, ludiques et bon marché, est international et transdisciplinaire, mobilisant l’imaginaire de scientifiques, artistes, architectes ou designers. Le parcours débute d’ailleurs par ces formes pneumatiques qui font l’innovation dans l’aéronautique (montgolfière de Nadar ou dirigeable zeppelin), puis ces créations en apesanteur dans l’architecture et dans l’art : Sculpture aérostatique, d’Yves Klein en 1957, ou Silver Clouds, des oreillers gonflés d’hélium d’Andy Warhol, en 1968. On pénètre ensuite dans l’espace dévolu au design.

Tendances psychédéliques et conquête spatiale

Un univers paradoxal puisque le mobilier gonflable, symbole de liberté et d’accessibilité, est présenté là sur des podiums, intouchable. « C’est un matériau qui a une courte durée de vie : du coup, il est difficile de conserver des pièces d’époque ; celles-ci sont exceptionnelles et ont demandé un travail de restauration », explique Valentina Moimas, co-commissaire de l’exposition « Aerodream » avec Frédéric Migayrou.

Les créations de Quasar Khanh, sous la marque Aerospace, s’étendent des fauteuils aux luminaires, de la cloison gonflable à la table basse... Ici dans l’exposition Aerodream.
Chauffeuse Apollo, de Quasar Khanh (1968).

Parmi elles, les créations design que Quasar Khanh (époux de la styliste Emmanuelle Khanh dont il avait emprunté le nom) lance, sous sa marque de mobilier Aerospace, sont les plus complètes et abouties. Sa ligne hyper colorée, inspirée par la mode, les tendances psychédéliques et la conquête spatiale, va du mobilier aux luminaires, de la cloison gonflée d’air à la maison elle-même qui, seule, n’est pas présentée dans l’exposition. Il revisite même, dès 1967, des classiques comme le fauteuil Chesterfield de style anglais qui ne manque pas d’air. Exposés dès 1968, ses produits rencontrent un succès fulgurant sur le marché. D’autant que l’inventeur fournit avec ses produits un kit de réparation, comme pour les bicyclettes.

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