Covéa contraint de se désengager de Scor

Denis Kessler, PDG de Scor, à Paris, le 9 janvier 2018.

Retrait en rase campagne, obligation de non-dénigrement, engagement de non-agression… La guerre fratricide opposant depuis près de trois ans le réassureur Scor, présidé par Denis Kessler, à son premier actionnaire, le groupe Covéa (GMF, MAAF et MMA), dirigé par Thierry Derez, s’est subitement arrêtée, jeudi 10 juin. Au détriment de l’assureur mutualiste, qui a cinq ans pour se retirer du capital de Scor avec une option pour lui céder ses titres au prix de 28 euros. Il lui est aussi interdit toute tentative de prise de contrôle pendant sept ans. A cela s’ajoute le versement de 20 millions d’euros en contrepartie de l’abandon de toutes les procédures judiciaires.

Cet accord transactionnel, négocié depuis un mois, permet surtout à Thierry Derez et à Covéa d’éviter le procès pénal, respectivement pour abus de confiance et recel d’abus de confiance, qui devait se tenir les 5 et 6 juillet au Tribunal correctionnel de Paris.

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Tout, dans cette bataille, relève de l’inédit et du déconcertant, loin de la discrétion et de l’entre-soi qui caractérisent d’ordinaire la vie des affaires. Cela est lié à la personnalité des deux dirigeants. Le conflit débute à l’été 2018, le 24 août, lorsque Covéa, premier assureur de dommages en France, propose au conseil d’administration de Scor « d’engager des discussions en vue d’un rapprochement » – en résumé, de racheter le réassureur pour huit milliards d’euros. Denis Kessler en prend ombrage et rejette sèchement l’offre. Il suspecte une intrigue, alors qu’un mois auparavant, le 25 juillet, il avait présenté au comité stratégique – auquel participait Thierry Derez – un projet de rapprochement avec le réassureur bermudien PartnerRe. Le patron de Covéa aurait-il utilisé ces informations confidentielles pour bâtir en urgence un contre-projet ?

« Renouer les relations de confiance »

Afin d’en avoir le cœur net, M. Kessler traîne Credit Suisse, banque conseil de Covéa, devant une cour londonienne. Il obtient gain de cause : la justice britannique enjoint à la firme de livrer à Scor courriels et autres échanges relatifs à ce dossier. Au vu de ces pièces, le tribunal de commerce de Paris condamne, le 10 novembre 2020, solidairement Covéa et son PDG à 20 millions d’amende pour avoir violé ses engagements en tant qu’administrateur à titre personnel de Scor et avoir utilisé des informations confidentielles dans le but de le racheter.

Thierry Derez interjette aussitôt appel, « contestant vivement avoir fait preuve de déloyauté et avoir été en conflit d’intérêts ». Scor, en revanche, accueille « favorablement la décision du tribunal de commerce de Paris », et rappelle que deux autres procédures judiciaires sont en cours : un procès pénal contre Thierry Derez et Covéa, ainsi qu’un procès civil contre Barclays, banque conseil et de financement de Covéa, pour violation de la confidentialité et du secret des affaires, devant la Haute Cour de justice de Londres.

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