Covid-19, ce qu’il faut savoir cette semaine : les vacances au rythme du passe sanitaire

En place depuis une semaine, le passeport vaccinal est devenu pour les vacanciers et travailleurs un nouvel accessoire de poche malgré une contestation qui persiste.

Chers lecteurs,

La dernière quinzaine d’août s’ouvre sur quelques rayons de soleils tant attendus. Malgré les flammes dévastatrices dans le Sud, les ultimes vacanciers s’engouffrent dans cette dernière échappée avant une rentrée marquée par la pandémie. Serveurs et touristes valsent entre les plats à servir et les QR codes à présenter et scanner. En une semaine, le passe sanitaire s’est immiscé dans notre quotidien et en est devenu un accessoire de poche, nécessaire pour entrer dans les restaurants, cafés, lieux sportifs et culturels. Alors que les opposants se sont donné rendez-vous pour un sixième samedi de contestation, le gouvernement compte convaincre les derniers récalcitrants pour limiter les effets sur l’hôpital de la quatrième vague.

Bonne lecture,

Marie-Liévine Michalik, journaliste au Figaro


1. Maillot de bain, parasol et… passe sanitaire

Malgré l’entrée en vigueur du passe sanitaire, les vacanciers tiennent à profiter des derniers rayons de soleil avant une rentrée sous PASCAL GUYOT / AFP

«Bonjour, avez-vous votre passe sanitaire ?» Ainsi commencent tous nos déjeuners, dîners, cafés et verres en terrasse. Depuis le 9 août, brandir son QR code est devenu un rituel. «Les vacanciers ont complètement intégré le passe, ils se sont organisés en conséquence pour qu’il soit valide au moment de leur séjour», témoigne Serge Raulic, fondateur des Thermes Marins de Saint-Malo. Après un mois de juillet maussade, la cité corsaire a vu revenir en masse ses touristes, faisant le bonheur des professionnels. Du monde aussi à Lourdes pour le traditionnel pèlerinage national à l’occasion de l’Assomption. «On a l’impression de retrouver Lourdes comme avant, grouillant de vie et d’énergie», se réjouit Clémence, jeune trentenaire, son bébé au bras. Si des vacanciers, armés de lunettes de soleil, d’un maillot de bain et d’un bon roman, sont prêts à braver l’écueil du QR code pour consommer, cela ne suffira pas à sauver la saison, selon les professionnels. «La mesure coûte 10% de pénalité en termes de croissance», déplore Alain Fontaine, président de l’Association Française des Maîtres Restaurateurs (AFMR). Pris de court, de nombreux touristes ne peuvent s’asseoir à une table, même en terrasse. Mais «il y a une remontée» ces derniers jours, encouragée par les vaccinés de début juillet.

Un plaisir avec lequel certains ne sont pas près de renouer. «Tant que je peux tenir, je tiendrai.» Camille est une jeune cadre dans une boîte du CAC 40 et refuse de se faire vacciner. Alors, comme pour 20% de Français, elle commence à apercevoir à quoi peut ressembler une vie de non-vaccinée au régime du passe sanitaire. Pas de restaurant, pas de café, pas de théâtre, pas de cinéma… La jeune femme, comme Vincent, David et les autres, tous sont prêts aux sacrifices. «Ça va tout chambouler, c’est sûr. Nous avons déjà été contraints d’écourter nos vacances, puisqu’on commençait à être refoulés lors des visites», maugrée le Breton. «Mais au fond, est-ce vraiment un manque? On va bien survivre!», conclut l’Oisien. Chacun dans sa région prévoit de se réunir samedi prochain pour un nouvel épisode de manifestations afin de dénoncer le passe sanitaire et ses abus.

2. Les Antilles submergées par la quatrième vague

En Martinique, le Palais des Sports de Lamentin s’est transformé en centre de vaccination éphémère. Lionel CHAMOISEAU / AFP

Loin de la métropole, les Antilles subissent la quatrième vague de plein fouet. En quelques semaines, l’épidémie de Covid-19, poussée par la propagation du variant Delta, s’est répandue parmi les habitants peu vaccinés telle une traînée de poudre. Les hôpitaux voient s’accumuler les lits dans les couloirs sans pouvoir faire face à cette vague «sans précédent». En Martinique, les patients hospitalisés ont augmenté de 89% en un mois, conduisant aujourd’hui les médecins à réaliser des tris de patients, parfois dès 60 ans. Face à l’urgence, un «module militaire de réanimation» (MMR), équivalent de celui qui avait été installé à Mulhouse en mars 2020, est déployé, créant ainsi 20 lits supplémentaires. Au total, ce sont 80 militaires, médecins, infirmiers, aides-soignants du Service de santé des armées et du Régiment médical de l’armée de Terre qui viennent apporter leur soutien à l’équipe hospitalière.

Sur l’île voisine, en Guadeloupe, c’est tout le CHU qui suffoque au rythme du Covid. Tous les services sont sur le pied de guerre pour accueillir les patients intubés. Le pont aérien se poursuit pour soulager les hôpitaux des deux îles où services hospitaliers et funéraires sont saturés. Plus de 120 nouveaux soignants ont décollé mardi de la métropole pour soutenir les 240 médecins et infirmiers partis la semaine dernière. Et «d’autres renforts arrivent vendredi».

«Si la situation est si inquiétante aux Antilles, c’est parce que la couverture vaccinale n’est pas suffisante», a enchéri le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, après le Conseil des ministres. Retenus par «une plus grande confiance envers les médecines douces» et «un rejet identitaire», les Guadeloupéens et Martiniquais boudent les centres de vaccination. Seuls 23% et 24% de la population ont reçu une première dose, contre 69% en métropole.

3. Où en est l’épidémie en France ?

10.300 patients sont actuellement hospitalisés dont plus de 2000 en réanimation. MLM / Le Figaro

«Nous allons vivre encore plusieurs mois avec ce virus», a déclaré Emmanuel Macron le 12 août dernier, en sortant du Conseil de défense sanitaire. En un mois, le taux d’incidence a augmenté de 74% pour atteindre le niveau de mars dernier. Malgré une population vaccinée à 69%, les patients s’accumulent dans les hôpitaux. Actuellement 10.300 personnes sont hospitalisées du Covid-19 dont plus de 2000 en réanimation. Des chiffres élevés qui ont conduit quatre régions à lancer les plans blancs, mais largement inférieurs aux vagues précédentes. Si on prend l’épisode épidémique d’avril, près de 6000 malades étaient en réa, soit trois fois plus qu’aujourd’hui.

Des chiffres qui semblent confirmer l’efficacité du vaccin malgré la généralisation du variant delta. Plus contagieux, il laisse planer une incertitude sur l’atteinte d’une «immunité collective». S’appuyant d’abord sur 60% puis 80%, 90% de Français vaccinés, certains scientifiques craignent même de ne jamais l’atteindre. «Avec le Covid-19, il n’y a pas d’immunité collective au sens où l’on ne va pas éradiquer complètement le virus, explique le professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor (Créteil). Mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas se faire vacciner, c’est même le contraire!»

Les appels à la vaccination se multiplient, faisant de la France un des pays les mieux immunisés. Médecins, épidémiologistes, ministres… Tous invitent les Français à faire preuve de «civisme» alors qu’un sixième samedi de manifestation est prévu le 21 août prochain. «Faites-vous vacciner, pour vous, pour vos proches, pour les autres et pour votre pays, je vous en prie, ne tentez pas le diable, faites-vous vacciner aussi vite que possible». Tel est le témoignage de Philippe, 45 ans, passé par neuf jours de coma puis trois mois de réa après avoir attrapé le Covid en avril dernier. Pour renforcer la réponse immunitaire, les États-Unis songent à rendre obligatoire une troisième dose dès le mois de septembre prochain. Pour l’instant, la France s’est elle dite en faveur d’une nouvelle injection pour les plus de 80 ans à l’automne. L’OMS campe sur sa position, «les données actuelles n’indiquent pas que les rappels sont nécessaires», dénonçant ainsi la ruée des pays riches vers les doses aux dépens des pays pauvres.

4. Infos voyage

Le variant Delta joue les trouble-fêtes. Face à la propagation du variant delta l’ouest de l’Europe, les voyages se compliquent. L’Espagne et les Pays-Bas ont classé «à risque» la quasi-totalité des régions françaises. Résultat les modalités du passe sanitaire s’appliquent dorénavant aux touristes français : vaccination complète, test ou certificat de rétablissement. L’Angleterre qui imposait encore des conditions très strictes à l’entrée de son territoire a décidé d’exempter de quarantaine les voyageurs américains et européens. En Allemagne, les voyageurs non vaccinés en provenance du sud de la France devront effectuer une quarantaine de dix jours. De l’autre côté du Pacifique, la situation se complique aussi. Les États-Unis déconseillent les voyages en France, pays qu’ils ont classé dans la case des pays à risque «maximum». À quelques encablures, les adeptes des plages et montagnes antillaises ont été priés de rentrer chez eux.

5. Calendrier, passe et masques

Le masque en extérieur fait son retour dans les stations balnéaires, ici à Biarritz GAIZKA IROZ / AFP

Passe sanitaire. Depuis le 21 juillet, le passe sanitaire est exigé pour se rendre dans les lieux de culture et de loisirs accueillant plus de 50 personnes (cinéma, théâtre, concerts, festivals, etc.). De même pour les restaurants, les bars, à l’intérieur comme à l’extérieur, dans les trains, les cars et les avions, les maisons de retraite et établissements médicaux depuis le 9 août dernier . Les lieux de culte ne sont pas concernés. Les jeunes de 12 à 17 ans en sont exemptés jusqu’au 30 septembre. Pour rappel, le passe sanitaire n’est pas un certificat de vaccination. Pour qu’il soit valide, il faut être soit totalement vacciné depuis une semaine, soit présenter un test PCR ou antigénique négatif de moins de 72 heures ou une preuve de guérison (un test positif) de plus de 11 jours et de moins de 6 mois. Il se présente sous la forme d’un QR code stocké dans l’application TousAntiCovid ou sous format papier.

Le port du masque est toujours obligatoire dans les lieux clos et à l’extérieur lorsque la distanciation n’est pas possible (marchés, files d’attente, quais de gares, etc.). Certaines communes, comme Nice ou Le Touquet, ont d’ores et déjà réimposé le masque en extérieur dans certains lieux très fréquentés. La Charente-Maritime a pris les mêmes dispositions pour ses stations balnéaires ou îles les plus fréquentées tout comme de nombreux départements. Dans les lieux culturels où le passe sanitaire est exigé, il n’est pas obligatoire sauf décision contraire du gérant de l’établissement ou du préfet.

Un certificat pour voyager. Depuis le 1er juillet, les Européens peuvent voyager plus facilement au sein du continent grâce à des preuves certifiées de vaccination ou de tests négatifs rassemblées dans un document unique. En format numérique ou papier. Attention cependant, chaque pays peut continuer d’appliquer des règles spécifiques.

6. Les réflexes à conserver

Le virus se transmet par les gouttelettes et les aérosols. Les gestes barrières détaillés par le ministère de la Santé doivent être observés pour se protéger et protéger les autres:

  • Se laver les mains régulièrement ou utiliser du gel hydroalcoolique
  • Tousser ou éternuer dans le pli de son coude
  • Utiliser des mouchoirs à usage unique
  • Porter un masque dans les espaces publics quand la distance de deux mètres ne peut pas être respectée
  • Respecter une distance d’au moins deux mètres avec les autres
  • Limiter au maximum ses contacts sociaux (6 maximum)
  • Eviter de se toucher le visage
  • Aérer les pièces le plus souvent possible, au minimum quelques minutes toutes les heures
  • Saluer sans serrer la main et arrêter les embrassades

7. Que faire en cas de symptômes ?

La maladie se manifeste par plusieurs symptômes, le plus souvent la toux et la fièvre.

Le plus important est de se faire tester. Selon les recommandations du ministère de la Santé, vous devez, en cas de symptômes, rester à domicile et contacter votre médecin qui vous prescrira un test. En attendant le résultat, vous devez vous isoler, porter un masque et préparer la liste des personnes que vous auriez pu contaminer. Dans le cas où le test est positif, le projet de loi relatif à la gestion de la crise sanitaire actuellement en discussion à l’Assemblée nationale, prévoit un isolement de 10 jours obligatoire dans le lieu de son choix. Des contrôles seront «assurés par les forces de l’ordre sur une amplitude horaire spécifique, de 8h à 23h», a précisé mardi le ministre de la Santé devant la commission des Lois.

À la semaine prochaine.