Covid-19 : « Il est urgent que l’Europe reconnaisse l’ensemble des vaccins validés par l’OMS »

Le contraste ne pourrait être plus saisissant. D’un côté, l’Europe et ses cortèges de manifestants. Le 7 août, ils étaient plus de 200 000 en France et des milliers dans les rues de Naples ou de Turin, scandant leur défiance face à la vaccination généralisée contre le coronavirus. De l’autre, la détresse des Tunisiens, dépassés par la vague meurtrière du variant Delta et pleurant leurs morts. Dans un pays qui n’avait pu vacciner avant l’été que 5 % de sa population, des structures sanitaires saturées – 90 lits de réanimation pour 12 millions d’habitants avant la pandémie – ont été impuissantes à éteindre l’incendie. Le bilan est très lourd : plus de 300 décès par jour à la mi-juillet.

Comme la Tunisie a pu le constater à ses dépens, les vaccins constituent une digue efficace contre la déferlante du virus, même portée par les variants les plus contagieux. Ainsi, l’agence britannique de santé publique estime que deux doses de n’importe lequel des vaccins disponibles au Royaume-Uni – dont celui d’AstraZeneca – offrent une protection d’au moins 92 % contre les hospitalisations. Pour preuve, malgré la flambée observée outre-Manche depuis plusieurs semaines, seules 700 personnes sont admises dans les hôpitaux britanniques chaque jour, contre 3 800 en décembre 2020. C’est que, dans l’intervalle, près de 90 % des adultes britanniques ont reçu au moins une dose du vaccin.

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Outre son dramatique coût humain – 202 millions de cas et plus de 4 millions de morts planétaires, l’équivalent d’un pays comme l’Irlande –, la pandémie représente aussi un poids financier sans précédent : la dette publique de la zone euro a ainsi franchi, pour la première fois de son histoire, la barre des 100 %, selon les chiffres publiés ce mois-ci par Eurostat. La dette française à elle seule atteint 118 % du produit intérieur brut (PIB). Le pays pourrait mettre plus de soixante ans à rembourser ce fardeau. On comprend dès lors la hâte qu’affichent les gouvernements européens à promouvoir une vaccination rapide tout en cherchant à préserver l’activité économique, notamment par la mise en place du fameux passe sanitaire européen.

Conséquences inopinées

Cet instrument, cependant, pourrait avoir des conséquences inopinées pour la campagne de vaccination menée à l’échelle mondiale. Le précieux sésame, adopté le 1er juillet par les pays de l’Union européenne, n’est en effet accordé qu’aux citoyens inoculés par les quelques vaccins approuvés par l’Agence européenne des médicaments, AstraZeneca, Janssen, Moderna et Pfizer. Et encore – pour le premier, seuls ceux sortis d’usines européennes sont reconnus. Or, huit vaccins sont déjà autorisés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et largement diffusés sur la planète. Ces produits demeurent pourtant exclus du passeport.

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