Covid-19 : « La concurrence géopolitique est venue perturber l’idée même d’une esquisse de distribution équitable des différents vaccins »

La vaccination d’un enfant dans le township de Diepsloot, à Johannesburg, le 21 octobre 2021.

Cette semaine, comme les autres grisonnants de mon quartier, j’irai à la mairie recevoir mon « booster » – une troisième dose de vaccin pour tenir le Covid à distance. Je le ferai avec un immense sentiment de reconnaissance pour l’organisation de la santé publique en France. Pas besoin de s’inscrire : une pièce d’identité, une justification de domicile, la carte Vitale, le passe sanitaire, et c’est bouclé en quelques minutes. L’Etat-providence au sommet.

Seulement, la lecture des journaux vient tourmenter, un peu, juste un peu, ce bel état de béatitude social-démocrate. Que nous expliquent les experts ? En gros, ceci : un booster pour un vieux riche en bonne santé en Europe, c’est un premier vaccin en moins pour un jeune menacé par le Covid en Afrique.

Car, jusqu’à présent, si la production de vaccins a relevé d’une performance historique, leur distribution a suivi une logique assez simple : le Nord, principal fabriquant de vaccins dans le monde, se sert en premier ; le Sud, il est vrai relativement moins touché par la pandémie, est prié d’attendre.

Situation dangereuse, voire intenable

Tout se passe comme dans un jeu à somme nulle : ce que l’un gagne, l’autre le perd. Sans reprocher à un gouvernement de protéger d’abord ses administrés, on peut cependant juger cette situation dangereuse, voire intenable. Comme son nom l’indique, la pandémie est une affaire globale. En ces temps de mouvements de populations accélérés, la protection des uns passe par celle des autres. Face au Covid, la défense du monde riche suppose d’organiser aussi celle des pays à revenu faible ou moyennement faible, comme dit la Banque mondiale.

On n’y est pas. Selon les chiffres cités par le New York Times (le 21 septembre 2021), dans une enquête menée par la journaliste Jeneen Interlandi, 80 % des 4 milliards de doses de vaccin distribuées à cette date l’ont été dans les pays à revenu élevé ou moyennement élevé. L’Europe est, la plupart du temps, bien protégée – complètement vaccinée à 60 ou 70 % ; les Etats-Unis viennent ensuite. La Chine a administré plus d’un milliard de doses chez elle, mais ne donne pas de pourcentage de personnes complètement vaccinées. Seuls 37 % des habitants de l’Amérique latine auraient reçu une dose et, si l’Inde a réussi à vacciner, au moins une fois, près d’un milliard de ses ressortissants, l’ensemble de l’Asie, hors Chine, affiche un chiffre global de 27 %.

Vaccination Covid-19 : suivez la progression de la campagne dans le monde

Relativement épargnée au début, l’Afrique est aujourd’hui touchée de plein fouet par la quatrième vague du virus. Elle est le continent le moins vacciné, le plus dépourvu et le plus menacé. A peine 3,6 % des 1,4 milliard d’Africains ont reçu deux vaccins. Des centaines de millions de personnes, d’est en ouest de l’Afrique, sont sans la moindre protection contre le Covid – et, parmi elles, des dizaines de milliers d’hospitaliers. « Je crains que l’Afrique devienne le continent du Covid », disait récemment au Financial Times John Nkengasong, directeur des Centres africains pour le contrôle et la prévention des maladies.

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