Covid-19 : l’assouplissement du passe sanitaire inquiète les scientifiques

DÉCRYPTAGE – À la veille de l’application de la loi sanitaire, Olivier Véran a allongé à 72 heures le délai de validité des tests contre 48 auparavant.

«Un dépistage négatif sera valide 72 heures et non plus 48 heures pour les non-vaccinés», a déclaré Olivier Véran dimanche 8 août dans une interview au Parisien. «Il sera aussi possible d’effectuer des autotests, supervisés par un professionnel de santé, également valables 72 heures.» À la veille de l’entrée en vigueur du passe sanitaire dans les restaurants, trains, bus en plus des lieux culturels et sportifs, le ministre de la Santé a voulu apaiser la colère des opposants, qui se sont rassemblés ce samedi 7 août pour la quatrième fois. «Je veux bien entendre les peurs, tout faire pour rassurer, a-t-il ajouté. On pense notamment à ce dispositif pour les soignants qui ont jusqu’au 15 septembre pour réaliser leur première injection», sous peine de voir leur contrat suspendu.

Alors que l’épidémie continue de progresser en France poussée par la propagation du variant delta, une telle mesure d’allègement a-t-elle du sens ? Même, présente-t-elle un risque sanitaire ? En effet, avec un taux d’incidence de 230 nouvelles contaminations pour 100.000 habitants et l’arrivée croissante des patients à l’hôpital, est-il sanitairement justifié d’alester le dépistage, nécessaire pour valider un passe sanitaire en cas de non-vaccination ? Le 12 juillet dernier, la France a même réduit à 24 heures la durée de validité du test négatif pour les voyageurs arrivant sur le sol français en provenance des pays classés rouge (Royaume-Uni, de l’Espagne, du Portugal, de Chypre, de la Grèce et des Pays-Bas). Une solution envisagée aussi par les professionnels des boîtes de nuit lorsque leur fermeture étant en suspens à la suite de l’apparition de plusieurs clusters.

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Désengorger les centres de dépistage

«Ces aménagements nous permettront de faire face au mieux à la demande de tests et de démultiplier les lieux de dépistage avec la coopération des collectivités territoriales», justifie Olivier Véran. En effet, en un mois, le nombre de tests réalisés par jour a été multiplié par deux, boosté par les annonces d’Emmanuel Macron, le 12 juillet dernier. En une semaine, le record des 4 millions d’écouvillons insérés en une semaine a été franchi, un pic jamais atteint même la veille de Noël 2020 ou lors de la troisième vague. La moitié d’entre eux sont des PCR, le reste des antigéniques, les autotests n’étant pas relevés par l’Assurance maladie.

Nombre de tests réalisés chaque jour en France – 8 août 2021 CovidTracker

Une situation qui devrait s’intensifier à l’approche de l’entrée en vigueur du passe sanitaire dans les restaurants et lieux de transports, en plus des cinémas, théâtres, match de foot et concerts. En première ligne, les pharmaciens sont épuisés et certains sont parfois contraints de refuser des demandeurs de tests pour se consacrer pleinement à leur mission médicale. En rallongeant la durée de validité d’un test, le gouvernement espère faire baisser la pression qui pèse sur les officines.

Efficacité amoindrie des tests et risque accru avec le variant delta

Dans un avis rendu le 5 août dernier, le Conseil scientifique se dit favorable «au passage de 48 à 72h pour la durée permettant d’être considéré comme non infecté après un test virologique négatif». Reconnaissant que «ces mesures reposent sur des connaissances scientifiques limitées», l’organe sanitaire indépendant veut répondre «aux difficultés logistiques anticipées pour le déploiement des tests à large échelle afin de rendre opérationnel le passe sanitaire». Pour autant, «plus on attend, moins le test devient efficace», alerte le professeur François Bricaire, infectiologue et membre de l’Académie de Médecine. En effet, si en 48 heures il est déjà possible d’être en contact avec une autre personne porteuse de charge virale, le risque est plus grand en 72 heures. Il est donc possible d’obtenir un passe sanitaire suite à un test négatif tout en étant réellement porteur du virus.

«Et le risque s’accroît avec le variant delta», complète l’infectiologue. Selon l’étude du Centre de contrôle et de prévention des maladies de Guangzhou en Chine, publiée le 22 juillet dernier, le temps d’incubation est plus faible avec la mutation indienne. Autrefois de 6 jours, elle est désormais de 4 jours. De plus, avec une charge virale 1250 fois plus importante, le virus entraîne des contaminations cachées, avant même l’apparition des symptômes. En conclusion de leur travail, les chercheurs conseillent de réduire le délai de 72 heures à 48 heures pour faire face à la propagation fulgurante du variant delta.

Inquiétude autour des autotests et antigéniques

Un autre point inquiète les scientifiques. La durée de validité a été allongée à 72 heures à la fois pour les PCR mais aussi pour les antigéniques et les autotests, qui pourront désormais faire office de cachet pour valider un passe sanitaire, selon les dernières déclarations d’Olivier Véran. «Ce qui est embêtant c’est que les antigéniques et les autotests sont moins efficaces que les PCR, le risque d’un faux négatif est donc plus grand», ajoute au Figaro François Bricaire. Une sensibilité inférieure à hauteur de 50% selon une étude réalisée par l’AP-HP en octobre dernier. Quant aux autotests, la problématique est double. Premièrement, dépendant de l’initiative individuelle, ils ne sont pour l’instant pas comptabilisés dans les chiffres quotidiens de Santé publique France. Ensuite, ils sont moins sensibles et non réalisés par des professionnels. De faux négatifs pourront se glisser plus facilement et perturber l’établissement des contaminations. Toutefois, contacté par le Figaro, le ministère de la Santé veut corriger ces derniers points. Il précise que les autotests devront être «supervisés par un professionnel de Santé». Ce dernier sera présent sur le site de dépistage et devra s’assurer «de la bonne réalisation de l’autotest» et l’envoyer à l’Assurance maladie.

Par conséquent, si la multiplication des tests permet une meilleure cartographie de l’épidémie, «l’assouplissement du passe sanitaire est davantage politique que sanitaire», tranche le professeur François Bricaire. Plus le dépistage sera précis, plus la stratégie du «contact tracing» pourra être efficace et les cas de Covid isolés. L’infectiologue préfère encourager les Français encore réticents à se rendre en centre de vaccination, méthode non seulement plus économique et plus efficiente pour lutter contre la reprise épidémique.

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