Covid-19 : pour Sanofi, il s’agit « d’être au rendez-vous des prochaines pandémies et des prochaines vaccinations »

Le centre Sanofi de Val-de-Reuil (Eure), le 10 juillet 2020.

Changement de braquet pour Sanofi. A la traîne de ses concurrents, le groupe pharmaceutique a décidé d’abandonner le développement de son vaccin à ARN messager contre le Covid-19, actuellement en phase 1/2, et sur lequel il travaillait depuis près d’un an et demi. Un revers de plus pour le fleuron français, qui n’a toujours aucun vaccin contre le virus sur le marché. Le laboratoire va désormais concentrer ses efforts dans la lutte contre la pandémie sur son autre vaccin – très attendu –, développé avec le britannique GSK, et à protéine recombinante adjuvantée, une technologie plus « traditionnelle » que Sanofi utilise déjà contre la grippe saisonnière.

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Un repli stratégique. Le laboratoire estime que son vaccin à ARN messager arriverait trop tard sur le marché, alors que ses rivaux dans le domaine sont déjà bien installés. En effet, l’américain Pfizer avec son partenaire allemand BioNTech et la biotech Moderna devraient livrer, à eux trois, plus de 4 milliards de doses pour la seule année 2021, et bien davantage en 2022. « Si nous démarrions aujourd’hui une étude de phase 3, nous n’arriverions que fin 2022, voire début 2023. Quel serait alors l’intérêt d’un point de vue de santé publique d’avoir un autre vaccin à ARN messager, alors que des milliards de doses d’autres vaccins à ARN messager seront déjà disponibles ? », souligne Thomas Triomphe, vice-président exécutif de Sanofi Pasteur et à la tête de la branche vaccins du laboratoire.

Le champion français avait pourtant annoncé, mardi 28 septembre, des résultats intermédiaires de phase 1/2 positifs pour son candidat-vaccin, avec « une présence d’anticorps neutralisants chez 91 % à 100 % des participants à l’étude », après deux injections. « Une bonne nouvelle », selon Thomas Triomphe, qui préfère voir le tube à essai à moitié plein. Car, loin d’être perdu, ce travail de recherche a conforté le groupe dans ses ambitions sur la technologie de l’ARN messager. « C’est notre première étude clinique sur cette technologie. Cela nous a permis de voir que notre plateforme d’ARN messager était performante, en ayant des référentiels d’autres vaccins du même type. Ces résultats confirment que nous sommes dans la course », observe Jean-François Toussaint, responsable monde de la recherche et développement de Sanofi Pasteur.

« Etre au rendez-vous des prochaines pandémies »

Le laboratoire prépare ainsi l’avenir. « L’objectif est d’être au rendez-vous des prochaines pandémies et des prochaines vaccinations », explique M. Triomphe. Pour cela, le groupe pharmaceutique a musclé son arsenal, ces derniers mois. D’abord avec le lancement, fin juin, d’un centre entièrement consacré à l’ARN messager – situé sur les sites de Marcy-l’Étoile (Rhône), près de Lyon, et de Cambridge, dans le Massachusetts, aux Etats-Unis –, pour lequel l’entreprise consacrera une enveloppe de plus de 400 millions d’euros par an en recherche et développement. Ensuite avec l’achat, cet été, pour 3,2 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros) de la biotech Translate Bio, spécialiste de cette technologie.

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