Covid-19 : pourquoi la situation sanitaire s’est-elle dégradée si vite dans les Pyrénées-Orientales ?

FOCUS – Alors que les vacances des juillettistes battent leur plein, le département au sud de l’Occitanie a vu son taux d’incidence grimper et ses restaurants contraints de fermer à 23 heures.

C’était un avertissement d’Emmanuel Macron. Lors de son allocution du 13 juillet, le président de la République, en plus d’annoncer l’élargissement du passe sanitaire, avait indiqué que de «nouvelles mesures de freinage», pourraient être prises par les préfets dès qu’un département franchirait le cap des 200 cas pour 100.000 habitants. Et ce fut le cas des Pyrénées-Orientales, où la situation s’est dégradée en quelques jours.

Alors que le taux d’incidence national est de 63 nouvelles contaminations pour 100.000 habitants, celui du département est grimpé en une semaine à près de 300. Une reprise épidémique qui a poussé la préfecture à durcir le ton. Depuis vendredi 16 juillet, le port du masque est de nouveau obligatoire partout en extérieur sauf à la plage et dans les espaces naturels, tandis que les bars et restaurants sont désormais contraints de fermer à 23 heures. Sans pour autant qu’il s’agisse d’un couvre-feu, a prévenu le préfet des Pyrénées-Orientales. Les touristes pourront continuer à flâner dans les rues et sur la plage pour profiter de soirées d’été. Les discothèques restent elles aussi ouvertes à condition de présenter un passe sanitaire.

Tourisme et proximité avec l’Espagne

Si pour l’instant, seules les Pyrénées-Orientales et la Haute-Corse sont concernées par un taux d’incidence supérieur à 200 cas pour 100.000 habitants et à avoir pris de nouvelles mesures restrictives, le reste du littoral français est lui aussi concerné par la reprise épidémique avec un taux d’incidence avoisinant les 150. Comment expliquer que le département au sud de l’Occitanie soit particulièrement touché ? Pour l’Agence régionale de Santé, la proximité avec l’Espagne est une des raisons principales. Frontalier, le pays catalan a vu sa situation sanitaire se détériorer rapidement. Le taux d’incidence ayant franchi la barre des 1000 cas pour 100.000 habitants, la région de Barcelone a été contrainte d’imposer de nouvelles mesures: tous les bars et restaurants ferment leurs portes à 00h30 et les rassemblements publics et privés sont limités à 10 personnes.

Un constat partagé par le docteur Antoine Ayoub, médecin généraliste à Perpignan et urgentiste dans une clinique privée voisine. En 24 heures de garde, il a vu deux cas de Covid, dont une qui revenait d’Espagne. «On observe bien une hausse de contaminations, alors que cela faisait un mois qu’on n’en avait pas vu», rapporte-t-il au Figaro, tout en soulignant que chacun de ses patients malades n’était pas vacciné. Il note aussi l’afflux des touristes qui viennent visiter cette région chargée d’histoire, murée entre les montagnes et les châteaux cathares. Multipliée par trois pendant la période estivale, la population estivale est pour les commerçants une chance même si ces derniers se montrent inquiets. Ils craignent de les voir fuir le territoire, poussés par la crainte d’une reprise épidémique.

Déception des professionnels du tourisme

Pour les restaurateurs et chargés de tourisme, la décision du préfet de fermer les établissements à 23 heures est un nouveau coup de massue. «On n’en peut plus, c’est toujours nous qui prenons», s’insurge-t-on à l’Ardoise, restaurant en bord de mer à Canet-en-Roussillon. Pour la gérante, les nouvelles restrictions sanitaires accompagnées de la reprise épidémique vont mettre un coup d’arrêt au début de la saison qui «avait pourtant très très bien commencé». Même désespoir du côté du Petit Rest Eau à Argelès-sur-Mer. Au bord de l’eau, l’établissement attendait l’été avec impatience. Si la gérante s’est organisée pour que deux services soient possibles le soir avant de devoir replier les tables une fois 23 heures sonnées, elle craint pour la suite de l’été. «Très inquiète», elle voit «les clients partir ou annuler leurs réservations». Ces dernières ont diminué de 30% pour la semaine à venir. «Ce sont toujours les professionnels du tourisme qui paient», ajoute au Figaro l’office du tourisme de Perpignan-Méditerranée.

D’autres mesures supplémentaires pourraient-elles venir s’ajouter ? Dans un entretien au Midi Libre, le préfet Étienne Stoskopf rappelle que «l’évolution de l’épidémie est surveillée» pour «éviter qu’elle ne devienne hors de contrôle». En cas de flambée épidémique, de nouvelles règles pourraient être adoptées comme des jauges pour les rassemblements publics. La campagne de vaccination connaît de son côté une accélération. «C’est une course contre la montre» pour Brigitte Wadih, une des responsables du vaccinodrome de Perpignan, qui vaccine au rythme de 1800 injections par jour. Les autorités sanitaires espèrent atteindre les jeunes qui, avec un taux d’incidence de 1149 cas pour 100.000 habitants, sont les plus touchés par la reprise épidémique. Non vaccinés et plus adeptes des soirées nocturnes, le virus circule mieux parmi cette frange de la population.

D’autres départements pourraient-ils suivre les Pyrénées-Orientales et imposer de nouvelles restrictions ? Huit en métropole dont l’Hérault (140), les Alpes-Maritimes (134), Paris (114) et les Bouches-du-Rhône (110) dépassent le seuil de 100 cas pour 100.000 habitants. Sans pour autant que cette augmentation ne se ressente encore dans les services de réanimation, même si dans les Pyrénées-Orientales, les admissions à l’hôpital ont été multipliées par deux en 10 jours. Il convient de rappeler que d’après les vagues précédentes, il y a toujours un temps de latence de deux semaines entre la hausse des contaminations et le reflux hospitalier.

Taux d’incidence en France – données du 18 juillet 2021 CovidTracker