Crack à Paris : les pouvoirs publics cherchent comment sortir de l’impasse

Des gendarmes inspectent des buissons aux jardins d’Eole, dans le 18e arrondissement de Paris, le 29 mai 2021.

Avant de descendre de son immeuble, juste en face, Nadia a emporté une petite cuillère et une assiette de poupée en métal. Sur le trottoir, la jeune femme les frappe l’une contre l’autre, en rythme. Le jeudi, à 18 heures, les riverains des jardins d’Eole, à la lisière du 18e et 19e arrondissement de Paris, ont décidé de se faire entendre. Mégaphone, casseroles, cris : tout est bon pour y arriver. Même les armes les plus minuscules.

« On n’en peut plus, résume Nadia. Le jour, les drogués nous demandent de l’argent, et nous insultent si on ne leur donne rien. Ils forcent les portes, entrent dans les parkings. La nuit, ils sont dans le parc jusqu’à 1 heure du matin, puis, forcés d’en sortir, ils font du bruit et nous empêchent de dormir. » Sa voisine, Ilham, est désespérée : « On ne peut plus envoyer nos enfants seuls à l’école, j’ai dû engager une nounou. On vit dans la peur. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi A Paris, un jardin public ouvert la nuit pour les consommateurs de crack

Vingt jours après avoir décidé d’ouvrir la nuit les jardins d’Eole aux consommateurs de crack, les pouvoirs publics l’admettent autant que les riverains : le résultat n’est pas satisfaisant. « Disons-le, c’est un échec », admet un proche d’Anne Hidalgo, la maire de Paris. Les élus parisiens comme le gouvernement cherchent déjà une nouvelle solution pour sortir au plus vite de l’impasse. Une réunion interministérielle a été convoquée lundi 7 juin, avec pour objectif un arbitrage rapide du premier ministre. Le même jour, une rencontre est prévue entre Anne Hidalgo, les quatre maires d’arrondissement du Nord-Est parisien et diverses associations pour évoquer une possible « sortie de crise ».

Ordre public menacé

Le 17 mai, l’Etat et la Mairie avaient décidé conjointement d’évacuer les toxicomanes de la place de Stalingrad et de ses abords, devenus une zone-clé de trafic et de consommation de drogue, « le sanctuaire européen du crack », selon la formule du maire (PS) du 19e arrondissement, François Dagnaud.

« La situation avait atteint un niveau où l’ordre public était menacé », a expliqué le préfet de police, Didier Lallement, le 2 juin devant le Conseil de Paris. Après des tirs de mortier lancés par les habitants du quartier contre les « crackeux », deux nuits de suite, début mai, « il pouvait y avoir des blessures graves ou des morts ».

Depuis, la présence de la police dissuade les trafiquants et les consommateurs de stationner autour de la place de Stalingrad. Corinne Leleu, une habitante du quai de la Seine, le confirme : sous ses fenêtres, le nombre d’usagers du crack est passé d’environ 200 à une cinquantaine. Les riverains dorment un peu mieux. Mais, « mardi, il y a eu beaucoup de monde et de bruit, ainsi qu’une quinzaine de voitures forcées dans le parking de l’immeuble », rapporte-t-elle.

Il vous reste 49.3% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.