Crédit Suisse devra verser 475 millions de dollars pour des crédits frauduleux au Mozambique

La plaque « Credit Suisse » à l’extérieur des bureaux américains de la banque, à Manhattan, le 1er septembre 2015.

Crédit Suisse a conclu mardi 19 octobre des accords avec les autorités américaines, britanniques et suisses, prévoyant notamment le versement de 475 millions de dollars, pour mettre fin aux poursuites liées aux crédits accordés à des entreprises d’État du Mozambique au coeur d’une vaste affaire de corruption. Les transactions en question, organisées par la firme helvétique entre 2013 et 2016, ont été en partie utilisées pour verser des pots-de-vin alors même qu’elles étaient présentées aux investisseurs comme un moyen de financer le développement de la pêche au Mozambique, ont détaillé les autorités dans des communiqués séparés.

L’établissement suisse n’a parallèlement pas complètement divulgué l’étendue de l’endettement du Mozambique, et donc les risques de non-remboursement, et a fait preuve de lacunes importantes dans ses contrôles internes, accusent les autorités. La banque suisse, qui fait déjà face aux retombées des scandales de Greensill et Archegos, a été en conséquent condamnée au total à 547 millions de dollars de pénalités, d’amendes et de restitution aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, a précisé le ministère américain de la justice.

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Le numéro deux du secteur bancaire helvétique ayant déjà versé certaines sommes, il devra débourser encore 475 millions de dollars : 200 millions à l’autorité financière britannique FCA, près de 100 millions au gendarme américain des marchés, la SEC, et 175,5 millions au ministère américain de la justice. La banque a également convenu avec les autorités britanniques d’annuler pour 200 millions de dollars dus par le Mozambique.

Scandale de la « dette cachée »

L’établissement a parallèlement conclu un accord avec l’Autorité suisse des marchés financiers (Finma), prévoyant la vérification par un tiers des mesures destinées à améliorer son système de contrôle interne et de gestion des risques à l’échelle du groupe. La Finma a aussi imposé, pour un temps limité, des conditions spécifiques à toute nouvelle opération de crédit organisée par la banque au nom de pays « financièrement faibles ou exposés à la corruption ».

Cette affaire fait partie d’un vaste scandale de crédits accordés à trois entreprises publiques mozambicaines – ProIndicus, Ematum et MAM – par le Crédit Suisse et la banque russe VTB, théoriquement pour financer des projets de surveillance maritime, de pêche et de chantiers navals. Ils auraient en fait largement servi à entretenir la corruption au profit de proches du pouvoir. L’affaire avait éclaté en 2016, lorsque le gouvernement mozambicain avait révélé avoir contracté ces prêts sans prévenir le Parlement ni ses bailleurs de fonds. Après ce scandale, le FMI et la plupart des bailleurs du pays, un des plus pauvres du monde, avaient suspendu leur aide.

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En raison de ce scandale dit de la « dette cachée », Maputo a été contraint d’interrompre le remboursement de sa dette et sa monnaie, le metical, s’est effondrée, plongeant le pays dans la plus grave crise financière depuis son indépendance en 1975. Crédit Suisse, qui assure avoir déjà pris des mesures pour renforcer sa gouvernance et ses processus, a passé dans ses comptes du troisième trimestre une charge de 230 millions de dollars. La banque se dit « satisfaite » de la fin des poursuites engagées par les autorités américaines, britanniques et suisses, qui lui permettent de « tirer un trait » sur cette partie du scandale.

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Le Monde avec AFP