« Criblé de dettes, l’empire Suning reçoit une bouée de sauvetage de Pékin »

Zhang Jindong, fondateur du groupe, lors d’une conférence de presse au moment du rachat de l’Inter de Milan en juin 2016.

Chronique. Xi Jinping n’aime pas le désordre. L’harmonie est même le leitmotiv de la philosophie et de l’action politique du leader chinois. C’est ainsi qu’il remet au pas le très exubérant capitalisme de l’empire du Milieu. Dans la discipline. Il a sèchement envoyé à la campagne le mythique, mais trop bavard et bien trop prétentieux Jack Ma, le fondateur d’Alibaba. Et aujourd’hui, alors que le Parti communiste chinois est en pleine célébration de son centième anniversaire, l’Etat organise le sauvetage ordonné de l’un de ses plus grands empires commerciaux. Criblé de dettes, Suning.com reçoit une bouée de sauvetage made in Beijing. Un fonds piloté par le gouvernement de la région du Jiangsu, où siège la société, vient lui apporter 1,4 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros) pour résoudre ses problèmes de liquidités.

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Et, pour cela, il a mobilisé une belle brochette de grands industriels, comme le fabricant de smartphones Xiaomi, les leaders de l’électroménager Haier et Midea, l’électronicien TCL, sans oublier Alibaba, déjà présent au capital. Ainsi, ce sont les principaux fournisseurs du groupe qui volent à son secours. Avec près de 9 000 magasins dans 700 villes, Suning s’est fait connaître comme le « Darty chinois », spécialiste de l’électroménager et de l’électronique, avant de se diversifier dans le commerce généraliste. En 2019, il avait récupéré les 210 hypermarchés de Carrefour en payant, cash, plus de 600 millions d’euros. Le français doit se féliciter aujourd’hui du bon timing de sa vente, quelques mois avant le déferlement de cas de Covid-19.

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L’ère des grands tycoons, ces barons milliardaires, s’achève

Si la crise a donné le coup de grâce à cette star de la nouvelle économie chinoise, présente aussi bien en ligne qu’en magasin physique, c’est surtout son appétit insatiable qui a eu raison de son ambition. Zhang Jindong, fondateur du groupe en 1990, a investi dans le commerce, la finance, l’immobilier, le sport… Il a installé un centre de recherche dans la Silicon Valley, acheté le club de football Inter de Milan. Mais c’est surtout son investissement dans Evergrande, le plus grand promoteur immobilier chinois, et le plus endetté aussi, qui lui a été fatal.

A l’image de ses homologues Wanda, Anbang ou HNA, il s’est retrouvé à la tête d’une dette de moins en moins contrôlable, plus de 6 milliards d’euros à rembourser dans l’année selon le Financial Times. M. Zhang devra désormais en rabattre. Il perd le contrôle de son groupe dont Alibaba détient plus de 20 % du capital, mais sous étroite supervision étatique. Une mise au pas désormais classique. L’ère des grands tycoons, ces barons milliardaires qui ont construit un capitalisme privé chinois débridé, s’achève. Place à l’ordre de l’empereur Xi.