Crise climatique : « L’urgence est de créer un cercle de confiance »

Tribune. La publication du rapport du groupe de travail no1 du GIEC et les événements climatiques de l’été renforcent la polarisation du débat autour de « l’impératif des 1°5 C » et de l’urgence de mesures drastiques, voire d’une décroissance dans les pays riches, pour suivre un scénario 1,5 °C dont le GIEC aurait montré la possibilité.

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Le problème ainsi posé est insoluble. On n’arrêtera pas l’aspiration à un niveau de consommation confortable de ceux qui sortent de la pauvreté dans le monde. Pour la contrebalancer, les pays de l’OCDE devraient accepter une sobriété et une mutation drastique de leurs appareils productifs, d’une ampleur que ne laissent augurer ni la révolte des « gilets jaunes », ni les résistances vis-à-vis des éoliennes, ni les incertitudes sur l’EPR, sur le stockage de l’électricité ou sur la capture du carbone. Nous serions alors condamnés aux complaintes impuissantes sur l’insuffisance des politiques, aux débats répétitifs entre écologies « réaliste » et « punitive », et à la désespérance d’une jeunesse sidérée par des adultes qui leur annoncent des catastrophes imminentes et font si peu.

Exercice heuristique

Il faut d’abord dissiper un malentendu autour du « scénario du GIEC à 1,5 °C ». Pour faire ses scénarios climat, le groupe 1 du GIEC demande à des modèles dits « intégrés » des projections de demande et d’offre énergétique. Comme des prédictions sur un siècle sont illusoires, on s’accorde sur plusieurs visions du futur (Shared Socioeconomic Pathways, SSP) à explorer, à charge pour les modélisateurs de les transformer en conjectures sur la croissance, les modes de consommation et les techniques bas carbone, puis de leur imposer divers objectifs climat. Le scénario à 1,5 °C se déroule dans un monde « SSP1 », spontanément orienté vers la sobriété des modes de vie, où les choix techniques ménagent l’environnement et les ressources, et où les pays riches transfèrent aux pays pauvres les fonds nécessaires à la compensation des effets négatifs du prix du carbone, sans que ces sommes ne soient jamais détournées de leur bon usage…

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Cet exercice heuristique peut d’autant moins fournir des conclusions opératoires que les modèles utilisés, détaillés sur l’énergie, n’incluent pas encore le secteur des transports, les prix du foncier et de l’immobilier, ou encore la compétition foncière entre alimentation, bioénergie et piégeage du carbone. Ils présentent une macroéconomie sans chômage ni finance, qui permet d’explorer des futurs à long terme, mais ne disent pas comment enclencher la transition à partir des réalités économiques actuelles. Ce sera le rôle du chapitre 4 du groupe 3 du GIEC d’en traiter.

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