Crise de gouvernance et de succession à la Sacem

Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem, le 28 novembre 2017, à Paris.

Les jours de Jean-Noël Tronc à la tête de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) depuis juin 2012, et pourtant réélu pour un mandat de cinq ans en juin 2020, semblent comptés. Une crise de gouvernance couve depuis plusieurs semaines. Un premier conseil d’administration extraordinaire réunissant les vingt membres de cette instance (dont six auteurs, six éditeurs et six compositeurs), le 7 septembre, devait statuer sur son maintien. Selon l’article 19 des statuts de la Sacem, deux tiers des votes sont nécessaires pour le démettre de ses fonctions. La réunion qui s’annonçait houleuse n’a pas pu se tenir, car Jean-Noël Tronc a fait un malaise.

Le conseil a décidé, mi-septembre, de le remplacer de façon intérimaire par deux membres du comité exécutif : David El Sayegh, secrétaire général, et Cécile Rap-Veber, chargée du développement et de l’international. Cette dernière vient d’ailleurs de décliner une proposition d’embauche mirobolante. Depuis lors, les salariés doivent se contenter du courriel interne de Patrick Sigwalt, président du conseil, qui a justifié cet intérim par le fait que Jean-Noël Tronc est toujours « indisponible pour motifs personnels ».

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Patron au carnet d’adresses très fourni, Jean-Noël Tronc est connu pour la longueur de ses discours et pour sa capacité à mener à bien des réformes parfois clivantes. La mise en place d’un plan social à la Sacem, qui se solde par le départ volontaire de 150 salariés, n’a guère été appréciée.

Des collectes en chute

Et la pandémie de Covid-19 a profondément secoué la maison. La fermeture, pendant des mois, des lieux de diffusion de musique (cafés, restaurants, commerces, discothèques, cinémas…) et l’annulation des concerts et des festivals ont eu « un impact négatif très fort sur les collectes de droits, affectant fortement la rémunération des membres de la Sacem », souligne le dernier rapport annuel publié fin août 2020. Les collectes ont chuté : de 1,19 milliard d’euros en 2019, à 988,5 millions en 2020, et les droits en répartition ont baissé de 53,8 millions en 2020, par rapport à 2019. Résultat, la Sacem a clôturé son exercice en déficit de 26,8 millions d’euros, malgré son plan d’économies. L’année 2021 s’annonce, elle aussi, fort mauvaise.

Selon La Lettre A du lundi 4 octobre, le conseil d’administration de la Sacem envisage de lancer un audit interne pour passer à la loupe la gestion de Jean-Noël Tronc. Le quotidien précise aussi que ce dernier vient de déjeuner discrètement à l’Elysée dans le cadre de ses autres fonctions de président-fondateur de France Créative. Tente-t-il un retour ? Le chef d’orchestre Laurent Petitgirard, ex-président du conseil d’administration de la Sacem, a volé à son secours en tentant d’expliquer aux administrateurs qu’ils auraient tout à perdre en optant pour son éviction définitive. Pour l’heure, la direction de la Sacem ne fait aucun commentaire.