Crise des sous-marins : chez le constructeur français Naval Group, « le recensement des dépenses engagées a commencé »

Sur les chantiers de Naval Group, à Cherbourg (Manche), le 12 avril 2021.

Lilian Braylé avait rejoint Naval Group, à la fin de mai, pour prendre la direction exécutive du programme « Australian Future Submarine ». Il s’était envolé pour l’Australie quelques jours avant le coup de théâtre. C’est à Adélaïde, durant sa quarantaine anti-Covid, que l’ingénieur franco-australien a appris la rupture du programme d’au moins 8 milliards d’euros signé entre Paris et Canberra en 2016 pour la construction de douze sous-marins conventionnels de type Attack. Sa situation, absurde et probablement douloureuse, illustre la brutalité de la décision du premier ministre australien, Scott Morrison.

Dès juin, pourtant, le doute s’était immiscé au sommet de l’Etat. Paris a commencé à s’interroger au sujet de la solidité de l’engagement de Canberra, qui flottait depuis le changement de majorité politique en 2018. L’opposition torpillait le contrat avec la France, tandis que le consortium germano-nippon ThyssenKrupp-Kawazaki-Mitsubishi, candidat malheureux lors du choix de 2016, alimentait la polémique.

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« Nous avions eu des échos des préoccupations australiennes quant à l’exécution du contrat, a expliqué l’Elysée, lundi 20 septembre, à l’agence de presse Reuters. Nous nous sommes donc portés disponibles pour répondre à leurs inquiétudes et leur donner les assurances nécessaires. » Les Australiens n’ont évoqué aucune « option alternative », ajoute-t-il. Pas plus que les Américains à l’occasion du sommet du G7 organisé du 11 au 13 juin à Carbis Bay (Cornouailles), où l’Australie était conviée.

« Dilatoire »

Pas plus que M. Morrison, reçu en tête à tête à l’Elysée, le 15 juin, à l’initiative de M. Macron. Le premier ministre australien « ne lui a rien dit qui laissait présager cela et ils sont convenus de poursuivre le travail », a-t-on précisé de même source, qui ajoute : « Le président a écrit longuement à Morrison pour répondre à ses préoccupations. La réponse de Morrison a été purement dilatoire. »

Chez Naval Group on affirme être tombé des nues, même si la réaction a été beaucoup plus mesurée qu’au sein du gouvernement français, où les mots « trahison » et « coup de poignard dans le dos » sont sur toutes les lèvres. Quelques jours avant l’annonce de la rupture, les dirigeants de l’ex-direction des constructions navales (DCNS) avaient reçu des « signaux très positifs » de la marine australienne. A Paris, on pense que ces équipes techniques n’étaient pas au courant du revirement géopolitique et qu’elles ont été, elles aussi, victimes de la « duplicité » de leur gouvernement.

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