Crise des sous-marins : « L’imbrication du privé et du public est intensifiée par la recherche de la réduction des coûts de production »

Tribune. Héritière d’un royaume dont l’histoire est jalonnée d’invasions et de guerres européennes, la France des XIXe et XXe siècles a été parcourue d’ambitions territoriales – avec l’Europe napoléonienne – puis coloniales. Mais elle s’est surtout inquiétée des ambitions thalassocratiques du Royaume-Uni (jusqu’à l’Entente cordiale de 1904), puis de la construction territoriale de l’Allemagne au cœur du continent, des appétits d’une Italie lorgnant vers le Maghreb français, ou du prosélytisme impérial de l’URSS.

Ces enjeux géopolitiques expliquent la volonté de se doter de forces armées trapues, aptes à résister à ces ennemis potentiels. Le déclenchement de la Grande Guerre, puis la montée du nazisme, ont justifié deux vagues d’investissements massifs en armements. Les Républiques, les monarchies et les deux Empires avaient récupéré de l’Ancien Régime les arsenaux maritimes et les ont modernisés pour renouveler sans cesse la flotte de voiliers puis de vapeurs.

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L’arsenal de Brest a été restructuré et agrandi, avec ses forges, ses chantiers navals et ses quais, jusqu’en 2010. Le poids croissant de l’artillerie dans les conflits explique la naissance d’un premier complexe militaro-industriel qui s’est consolidé tout au long du XIXe siècle. Le symbole en est la manufacture de Châtellerault, qui a ouvert ses portes en 1819 pour fabriquer jusqu’en 1968 des armes légères et des pièces d’artillerie – elle comptait 8 000 salariés en 1914-18.

Une longue tradition industrielle dans l’armement

En 1838, l’Etat reprend la manufacture de Saint-Etienne, entreprise privée depuis son ouverture en 1764 : 10 000 salariés y travaillent de la fin du siècle jusqu’en 1940, avant sa fermeture en 2001.

La Révolution et l’Empire se sont fournis auprès des manufactures d’Etat (Versailles, Tulle, Saint-Etienne, Liège et Turin pour les fusils, Kligenthal pour les baïonnettes, Douai, Indret, Ruelle, Le Creusot, Saint-Gervais pour les canons) mais aussi privées (forges de Wendel à Hayange pour les boulets de canon et les essieux d’affûts et d’avant-trains, fourrages et attelages de l’entreprise Seillière).

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L’essor du privé est stimulé par la loi de 1885 qui libéralise les exportations d’armes. Les « marchands de canons » français participent à la compétition pour équiper les armées émergentes, en Russie ou en Chine à la Belle Epoque, en Asie et en Europe centrale dans l’entre-deux-guerres. Schneider devient, notamment pendant la première guerre mondiale, un grand exportateur et la « firme pivot » de l’industrie militaire, au cœur d’un système productif englobant ses propres usines, celles des sous-traitants et celles des fournisseurs de semi-produits métallurgiques.

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