Crise sanitaire : l’engagement de tous, enjeu primordial

Editorial du « Monde ». Le temps presse, et pourtant… Rien dans le projet de loi intégrant l’obligation vaccinale des soignants et étendant l’utilisation du passe sanitaire n’est anodin. Pour pouvoir vivre le plus normalement possible, les Français, qui viennent de traverser l’épreuve du confinement et du couvre-feu, vont devoir accepter la discipline du contrôle sanitaire.

Les soignants, au contact des personnes fragiles, sont les plus touchés, du fait de la mission qu’ils exercent. Mais il y a aussi le citoyen lambda qui, pour faire son shopping, aller au restaurant, profiter d’un spectacle, devra fournir la preuve qu’il n’est pas contaminant. Les personnes dont le test sera positif seront mises à l’isolement obligatoire. Les commerçants, restaurateurs, organisateurs de spectacles, agents de la SNCF qui ont vocation à assurer un service vont devoir intégrer à leur activité une dimension de surveillance, voire de sanction à l’encontre de leurs clients. Rien ne les y a préparés. La pandémie n’en finit pas de bousculer nos vies, notre rapport à la liberté, notre conception du civisme. Jusqu’à présent, l’Etat était le seul à exercer la pression sanitaire ; cette fois, il enrôle les citoyens.

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Depuis les annonces d’Emmanuel Macron, le 12 juillet, une course de vitesse est de nouveau engagée contre le virus. En une semaine, son taux d’incidence a augmenté de près de 125 %, accélérant l’arrivée redoutée de la quatrième vague. Si l’épidémie redevient hors de contrôle, c’est toute l’activité économique, sociale, scolaire qui sera de nouveau profondément désorganisée à la rentrée, portant un coup fatal à la reprise. Lundi 19 juillet, un texte a donc été présenté en conseil des ministres, avant d’être soumis au Parlement pour adoption d’ici à la fin de la semaine. Tout est fait pour que les récalcitrants se fassent vacciner le plus vite possible. Il n’y a pas d’autre choix.

Déplorables débordements

Dans sa croisade, Emmanuel Macron peut compter sur l’appui d’une majorité silencieuse qui, selon un récent sondage Ipsos, approuve la vaccination obligatoire pour les soignants comme l’extension du passe sanitaire. Les étourdis qui avaient oublié de se faire vacciner ou qui n’en décelaient pas l’urgence se sont précipités ces derniers jours dans les centres de vaccination, ce qui est heureux. Il reste une frange d’irréductibles, nourris au complotisme et à l’extrémisme, qui entendent préparer la résistance. Preuve en a été donnée samedi, à travers les manifestations organisées à l’appel de figures d’extrême droite ou se réclamant de « l’antisystème ». Des participants, venus dénoncer une prétendue « dictature sanitaire », ont osé y arborer l’étoile jaune en pratiquant un scandaleux amalgame avec la Shoah. Ils ont été heureusement désavoués par la très grande majorité des partis politiques.

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Ces déplorables débordements, qui sont le fait d’une frange extrême, ne doivent pas faire oublier la minorité dubitative, pas encore convaincue par l’obligation quasi civique de se faire vacciner. Beaucoup de jeunes en font partie, qu’il faut persuader non par la coercition mais par le dialogue. A l’issue du conseil des ministres, le gouvernement a partiellement repoussé la mise en application du passe sanitaire, ajouté une période de rodage pour ceux qui auront à exercer des contrôles. Cet aménagement doit être salué. Il n’enlève rien au fait qu’une fois de plus l’exécutif décide seul puis laisse à la représentation nationale un délai très court pour se prononcer sur un texte qui touche à l’exercice des libertés. La crise sanitaire n’a fait qu’exacerber les défauts de la Ve République, à un moment où l’engagement de tous devient pourtant primordial.

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Le Monde