« Cueilleur par nature », sur Ushuaïa TV : cueillir pour se nourrir, une pratique à redécouvrir

Soupe aux herbes préparée par les stagiaires de Kim Pasche, archéologue expérimental.

USHUAÏA TV – SAMEDI 16 OCTOBRE À 20 H 45 – DOCUMENTAIRE

« Lécher du caca de pucerons aux Buttes-Chaumont, j’adore ! » François Couplan porte à sa bouche une feuille de tilleul couverte de minigouttelettes sucrées. Le plus fort, c’est que, en moins d’une heure, l’ethnobotaniste risque de convaincre bon nombre de téléspectateurs de faire pareil. Aidé en cela par deux autres intervenants, l’herboriste Karine Gilles et l’archéologue « expérimental » Kim Pasche.

En effet, depuis que l’humain s’est sédentarisé, passant d’un modèle de chasseur-cueilleur à celui d’agriculteur, il s’est éloigné d’une grande partie des 80 000 espèces végétales comestibles de la planète. Et cette évolution a été accentuée par les normes sociales, l’industrialisation et la société de consommation, comme l’explique François Couplan, tout en grignotant une ortie crue, « qui peut aussi se manger cuite : moi je la fais en brandade ».

En tant que fondateur du Collège pratique d’ethnobotanique, son rôle est aussi de mettre en garde : « Il faut être conscient qu’il y a un danger potentiel à récolter des plantes. » Et d’apprendre à ses élèves, qui suivent un cursus de trois ans, à reconnaître la cinquantaine de plantes, en France, capables de tuer sur le terrain.

Chaussons aux herbes cuits sur la braise

Les stagiaires de Kim Pasche, trappeur vivant six mois par an dans le Yukon, au Canada, et six mois en Suisse, près d’Yverdon, son pays natal, ont juste quelques jours pour s’initier – manque de chance, sous la pluie. Bienveillant, il prépare un feu en frottant deux silex et relativise la notion de confort, sans rejeter totalement le modernité, ses casseroles et ses cirés. Trempés, les participants (que l’on aurait aimé entendre) ont l’air peu convaincu devant leurs chaussons aux herbes cuits sur la braise et couverts de cendre. « Petit à petit chacun trouve ses marques », assure une douce voix off dans Cueilleurs par nature, documentaire d’Emilie Darnaud.

A Saint-Sauveur-de-Peyre, en Lozère, Karine Gilles organise également des sorties botaniques à la belle saison, mais uniquement comme activité annexe. Elle qui s’est intéressée au départ aux plantes sauvages simplement pour se nourrir, par manque d’argent, parvient aujourd’hui à en vivre, grâce essentiellement à la vente de ses tisanes et autres dérivés des feuilles et fleurs qu’elle cueille, sèche, distille et conditionne seule, avant de les vendre localement sous la marque Loz’herbes.

« Je ramasse toujours un tiers de ce que je vois », affirme Karine Gilles, alors qu’elle cueille de la reine-des-prés « dans un lieu peu fréquenté ». Mais – question que le documentaire ne traite pas –, que se passerait-il si tous les consommateurs se convertissaient à la cueillette et partaient à l’assaut des chemins et des collines ?

Cueilleurs par nature, d’Emilie Darnaud (Fr., 2020, 52 min), en replay 60 jours ; suivi des Légumes dans la ville, d’Aurélien Francisco Barros (Fr., 2020, 52 min). Ushuaïa TV en replay 30 jours.