Damien Jalet dans le ressac de la danse

Damien Jalet à Chaillot-Théâtre national de la danse, à Paris, le 13 septembre 2021.

Il est calme, anxieux, heureux. Il parle vite et beaucoup, sans lâcher le fil de son envie de dire. Posé solide à une table, il semble paradoxalement prêt à s’éjecter de sa chaise à la seconde. A quelques jours de la première de Planet [wanderer], à l’affiche, du 15 au 30 septembre, à Chaillot-Théâtre national de la danse, à Paris, le chorégraphe Damien Jalet passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Retrouver le public qu’il n’a pas vu depuis le 12 mars 2020, date de l’ultime représentation de Vessel, également à Chaillot, juste avant le premier confinement, est irréel. « C’est un stress et un plaisir, s’exclame-t-il. Je suis au même endroit qu’il y a un an et demi. Je me souviens du soir où il a fallu annoncer que Vessel ne se jouerait plus. J’étais tellement triste. » Au même moment, au Grand Rex, le show « Madame X Tour », de Madonna, dont il a signé quatre tableaux, s’arrête aussi. « Je suis allé soutenir Madonna. On était en larmes. Je suis tombé malade le lendemain : j’avais le Covid. »

Lire aussi : 3 questions à… Damien Jalet, chorégraphe

Boucler la boucle. Cette expression est le sésame de cette rentrée particulière pour Damien Jalet. Si les spectateurs sont restés aux abonnés absents, l’artiste franco-belge installé à Bruxelles, complice de création de Sidi Larbi Cherkaoui depuis ses débuts en 2000 avant de créer ses propres pièces, n’a pas cessé de travailler. En mars 2020, il chorégraphie Mist, pour le Nederlands Dans Theater de La Haye, dont le film réalisé avec Rahi Rezvani sortira en janvier 2022. Dans la foulée, il accepte au débotté de créer Brise-lames, avec le plasticien JR et le Ballet de l’Opéra national de Paris, qui va enfin être joué en live, vendredi 24 septembre, au Palais Garnier, lors du gala d’ouverture de la saison. Cet opus fascinant entremêle dans un ressac des corps, des radeaux, des fantômes, droit sortis d’une muraille d’encre. « Brise-lames et Planet [wanderer] sont reliés entre eux, explique Jalet. Les deux développent les motifs de la digue, des marées et du cycle. La vie progresse par vague et par opposition constante entre le jour et la nuit, la tension et l’abandon. »

Lire aussi : « Créer aujourd’hui », sur France 5, à l’Opéra de Paris, une création chorégraphique bien vivante

Le plateau de Planet [wanderer], troisième spectacle fabriqué avec le plasticien japonais Kohei Nawa, fait miroiter une plage de sable noir pailleté. Ici et là, des trous retiennent les pieds des danseurs, englués dans une matière gélatineuse sur laquelle les techniciens de Chaillot bossent d’arrache-pied depuis deux mois. « C’est du katakuriko, fécule de pomme de terre à la fois solide et liquide, qui n’est pas encore tout à fait prêt, s’inquiète Jalet. Soit sa texture est trop liquide, soit elle colle trop, et ça ne marche pas non plus. » Quelques minutes plus tard, des nuées se répandent par lambeaux, prenant les interprètes au lasso.

Il vous reste 57.43% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.