Daniel Cohen : « Le Covid-19, une crise qui ne ressemble à aucune autre »

Tribune. Le Covid-19 a été une crise « totale », pour paraphraser l’anthropologue Marcel Mauss (1872-1950). L’Etat a dû prendre en charge l’organisation de l’espace public, professionnel, voire familial, des transports en commun − en décidant d’envoyer les enfants à l’école ou non.

Passé le premier confinement, il est vite apparu que la gestion de la crise exigeait en réalité une coproduction de l’Etat avec les agents privés − ménages et entreprises −, et de l’ensemble des personnels de santé. C’est la cohésion de la société tout entière qui a été testée. Comme le montre une note du Conseil d’analyse économique, la résilience des pays face au Covid-19 a été intimement liée à la confiance des populations envers leurs institutions publiques, qu’il s’agisse du gouvernement ou de la communauté scientifique (Les Français au temps du Covid-19 : économie et société face au risque sanitaire, CAE n° 66).

Préparer la prochaine crise, une nouvelle épidémie, un été caniculaire ou une crise alimentaire, obligera à tirer toutes les leçons de celle que nous venons de traverser. Il n’y aura pas toujours un remède miracle comme le vaccin pour les résoudre.

Capacité de rebond

D’un point de vue économique, les grands gagnants de la crise ont été les Amazon, Apple, Netflix, dont la capitalisation boursière a explosé durant le confinement. Le virus est venu à point nommé pour les acteurs du numérique, qui ont pu mener une expérimentation grandeur nature de l’incorporation du monde physique dans le monde virtuel. Sous le feu de la crise sanitaire, la rationalité du capitalisme numérique est apparue sous un jour cru : gagner de l’efficacité en dispensant les humains de se rencontrer en présentiel. De nombreuses activités ont fait l’expérience d’une dématérialisation inédite, dans la médecine par exemple, où un grand nombre de consultations ont dû se faire à distance. Le télétravail sera sans doute le legs le plus marquant de cette crise, avec ses promesses − une plus grande autonomie−, et ses risques − un démantèlement accru des collectifs professionnels.

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Au niveau macroéconomique, le Covid-19 ne ressemble ni aux épidémies du passé, ni aux crises économiques traditionnelles. Les épidémies ont généralement un impact direct sur l’économie à proportion du nombre de morts. Les économistes qui se sont penchés sur les exemples historiques ont conclu qu’elles étaient généralement bonnes pour les travailleurs, pour une raison simple et macabre : la mortalité crée une rareté des personnes susceptibles de travailler, laquelle profite, dans une logique toute malthusienne, à ceux qui survivent.

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