Dans « Et Dieu… créa la femme », Brigitte devient Bardot

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Publié aujourd’hui à 19h00, mis à jour à 20h03

Le 4 juillet 1956, Brigitte Bardot débute son avant-dernière journée de travail sur Et Dieu… créa la femme. Depuis le début du tournage, elle est installée à l’Hôtel de l’Aïoli, au pied de la colline de la citadelle, tout près du port de Saint-Tropez, en compagnie de son mari, Roger Vadim, qui effectue ses débuts derrière la caméra. Le couple occupe la chambre 3, avec terrasse. De celle-ci, la jeune fille du 16e arrondissement de Paris pourrait presque apercevoir la maison d’angle aux murs roses et aux fenêtres vertes, propriété de ses parents, tout en haut de la rue de la Miséricorde, où elle passe, depuis 1950, la plupart de ses étés. Elle a 21 ans. A Saint-Tropez, « BB » retourne à la maison.

Il n’y a pas que le paysage qui appartient à Bardot. Le premier film où elle tient le rôle principal lui est confectionné sur mesure. Pour qu’elle s’identifie à Juliette Hardy, une orpheline obéissant au seul principe de son plaisir, amoureuse d’un homme mûr et aventurier, mais mariée avec le petit frère de ce dernier, Vadim s’efforce de tourner son scénario dans la continuité, allant rarement au-delà d’une prise, afin de permettre à son épouse de rester dans son personnage. Ça fonctionne. Bardot lâche à son metteur en scène : « Je ne joue pas, je suis. »

L’essentiel des scènes de Et Dieu… créa la femme sont tournées en extérieurs. Vadim privilégie une manière inhabituelle de filmer, avec une liberté que popularisera la Nouvelle Vague peu après, et un charme et une élégance que personne ne parviendra à dupliquer. Ce 4 juillet néanmoins, Brigitte Bardot rejoint Nice pour l’une des rares scènes de studio : une boîte de nuit moderniste, aux rideaux baissés, un sol en damier, avec des tables empilées, un lieu vide prêt à s’incarner dès l’apparition de l’actrice ; un décor factice reconstitué dans les studios de la Victorine.

La scène est conçue par Vadim comme un final d’opéra où, en conformité avec la tradition, sont convoqués les principaux protagonistes : Curd Jürgens, le milliardaire allemand à la fortune insolente ; Jean-Louis Trintignant, le mari de Bardot, faible et gauche ; Brigitte Bardot, spontanée, franche, libre. Seul Christian Marquand, dans le rôle du frère aîné de Trintignant, ami intime de Roger Vadim dans la vie, manque à l’appel. Entourée de cinq musiciens, originaires des Antilles et de Cuba, joueurs de tam-tam et de maracas, BB va, au son du mambo, danser sans retenue, entrer en transe, imposer un tempo en forme de leçon de vie. Cette scène, l’actrice se la repasse dans la tête depuis le début du tournage. Comme d’habitude, elle se soumettra à une unique prise. Quatre minutes donc, qui peuvent s’avérer géniales ou ridicules. Au bout, l’oubli ou la postérité. Ce sera la postérité.

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