Dans la crise des semi-conducteurs, Renault souffre

A Paris, le 15 août 2021.

Le décrochage est spectaculaire. Renault a annoncé que la pénurie de semi-conducteurs entraînera une perte de production d’environ 500 000 véhicules en 2021, lors de la présentation de son chiffre d’affaires du troisième trimestre, vendredi 22 octobre. Jusqu’ici, le constructeur français avait anticipé cette perte à 220 000 véhicules, s’attendant à pouvoir amortir la pénurie dans la deuxième partie de l’année.

Mais la crise des puces s’est accélérée au lieu de ralentir. Sur le seul troisième trimestre, le groupe au Losange estime avoir perdu 170 000 unités à cause du manque de composants. Au total, entre le 1er juillet et le 30 septembre, les ventes de véhicules ont chuté de 22 %, à moins de 600 000 véhicules, un chiffre historiquement bas pour cette partie de l’année, à comparer avec les 860 000 véhicules vendus à l’été 2019, avant que ne souffle l’ouragan du Covid-19.

Montée en gamme

Toutefois, dans cette tempête, Renault s’accroche, affichant une baisse de son chiffre d’affaires presque deux fois moins inférieure à celle de ses ventes, soit − 14 %, à 9 milliards d’euros. Ce résultat, la direction de l’entreprise l’attribue à sa nouvelle stratégie de montée en gamme de ses modèles et, partant, de hausse du prix moyen de ses véhicules. La marque Renault se porte ainsi plutôt bien sur les modèles et les canaux les plus rentables : les utilitaires (+ 1,4 %), la gamme de véhicules électrifiés E-Tech (électriques et hybrides). La ligne E-Tech représente désormais un tiers des ventes du Losange, en particulier grâce au succès de la Renault Arkana (produite en Corée pour le marché européen).

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Paradoxalement, la crise des semi-conducteurs aide Renault à accélérer ce changement de la culture d’affaires de l’ex-régie, qui est au cœur de la « Renaulution » mise en place par le directeur général du groupe, Luca de Meo. « Avec la pénurie, les remises et rabais ont complètement disparu et tous les constructeurs allouent les composants aux véhicules les plus rentables, explique Alexandre Marian, directeur France du cabinet de conseil AlixPartners. La marge par véhicule avait augmenté de 1 400 euros en moyenne en 2020 par rapport à 2019. Le mouvement s’est prolongé cette année. »

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Dans ce qui s’avère être une crise de l’offre plutôt qu’une crise de la demande − les carnets de commandes sont pleins, d’après une source syndicale −, Renault parvient à maintenir ses objectifs financiers. La directrice financière du Groupe Renault, Clotilde Delbos, a confirmé, vendredi 22 octobre, devant un panel d’analystes financiers, que le groupe continue à viser une marge de + 2,8 % et un flux de trésorerie positif pour 2021. Ce n’est certes pas encore flamboyant, mais c’est à comparer avec la perte de 8 milliards d’euros de 2020 et la marge négative de − 0,8 %. Par ailleurs, le dividende de 930 millions d’euros que RCI, la filiale financière de Renault, versera cette année à sa maison mère devrait aider aussi à passer l’année.

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