Dans la revue « Dedans Dehors », étudier en prison, « un combat » de plus

Notre société « refuse de regarder ses prisons en face » : tel est le constat que dresse Dedans Dehors, la revue de l’Observatoire international des prisons dans son éditorial. La dignité des détenus est, trop souvent, mise à mal. L’éducation en prison, sur laquelle ce numéro de mars se penche, en est un bon exemple. Car ce droit fondamental s’y matérialise mal. Pourtant, les « besoins sont immenses » : la majorité des détenus est sans diplôme.

Mais l’éducation est la dernière roue du carrosse : les contraintes logistiques et sécuritaires l’emportent. Le scolaire est même « l’otage de considérations disciplinaires » et celui du bon vouloir des surveillants. Surtout, les moyens sont largement insuffisants : les locaux, les enseignants et le matériel manquent cruellement.

L’accès à Internet entravé

Pour accéder aux cours, des listes d’attente immenses se forment. Le numérique est aussi un enjeu crucial, l’accès à Internet restant entravé alors que les cours à distance se multiplient. Les publics non prioritaires sont délaissés, et les prioritaires (moins de 25 ans, allophones, illettrés) sont loin d’être pleinement pris en charge. En outre, la pandémie est venue profondément dégrader la dernière année scolaire. Finalement, étudier en prison, « c’est un privilège plus qu’un droit », relève dans un entretien Fanny Salane, maîtresse de conférences en sciences de l’éducation à Paris-Nanterre. En la matière, « tout est un combat ». C’est d’autant plus préoccupant qu’il ne s’agit pas seulement d’obtenir des diplômes. Se réinsérer, « restaurer la confiance et l’estime de soi », donner du sens à sa vie, tisser des liens humains… autant d’étapes-clés dont beaucoup sont privés.

Au-delà de l’éducation, la revue revient, plus largement, sur les entorses répétées à la dignité des détenus. Surpeuplement, violences et dysfonctionnements divers sont leur lot quotidien. L’usage de LBD dans certaines prisons, « choix des armes plutôt que celui du dialogue », pourrait se généraliser. Et la pandémie a durement frappé les prisonniers, avec les restrictions sur les parloirs.

Lenteurs et lourdeurs

En ligne de mire, un manque de volonté des pouvoirs publics. Sur ce point, la loi de mars dernier, qui crée une voie de recours contre des conditions de détention indignes, fait figure de « rendez-vous manqué ». Le dispositif proposé, qui repose sur de simples transferts de détenus, ne s’attaque pas à l’origine des procédures : les conditions de détention dans l’établissement de départ. Il pèche aussi par ses insuffisances : lenteurs et lourdeurs le rendent dysfonctionnel. Et la suppression des crédits de réduction de peine, dans un contexte de surpeuplement marqué, est un « non-sens ».

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