Dans la revue « Mouvements », les inégalités « à l’école, et par l’école »

La revue Mouvements, dont le sous-titre, « des idées et des luttes », souligne l’inclination très à gauche, s’emploie dans son numéro d’automne à contrer « la vague de fond néoconservatrice qui se déploie dans et par l’école ». Contexte sanitaire oblige, elle commence par analyser la situation issue de trois confinements depuis le 16 mars 2020.

Revenant sur le choix gouvernemental de maintenir le plus possible les écoles ouvertes – un « coûte que coûte scolaire » qui serait le pendant du « quoi qu’il en coûte économique » –, l’éditorial prend acte du fait que les fermetures totales ou partielles n’ont été que de cinq à sept semaines en France jusqu’à mai 2021, contre beaucoup plus ailleurs. Mais loin de saluer « le triomphalisme » du gouvernement à ce sujet, c’est pour affirmer que sa gestion de la crise, en assignant les enseignants et les parents au « démerdentiel », aurait « largement amplifié les inégalités scolaires ». Cette période, selon les auteurs, a révélé « les fractures sociales et territoriales préexistantes et que les néoconservateurs ne cessent de renforcer ».

L’effort d’apprentissage « disqualifié »

Une série de contributions s’efforcent de cerner les mécanismes de production des inégalités « à l’école et par l’école », notamment, sous la signature de Lorenzo Barrault-Stella, à travers la question de la carte scolaire, dont le découpage conduit souvent à « ratifier des ségrégations territoriales préexistantes ». Un article du sociologue Mathias Millet et du psychologue Jean-Claude Croizet, appuyé sur une recherche en maternelle, pointe la façon dont la culture scolaire valorise la « rapidité d’esprit » de l’élève « idéal » et déprécie de fait la lenteur des autres. Cette attitude revient inconsciemment à favoriser les élèves arrivant à l’école dotés d’une série de « présavoirs » acquis en famille, et tend à « disqualifier l’effort » d’apprentissage, « dans la mesure où l’on ne saurait faire aisément ce qu’on est en train d’apprendre ».

Lire l’entretien : Article réservé à nos abonnés « Notre croyance dans une école méritocratique nous empêche en partie de nous emparer du problème »

Moins recevable pour qui ne partagerait pas l’intransigeance égalitaire des rédacteurs, un article des sociologues Renaud Cornand, Alice Pavie et Ariane Richard-Bossez critique les dispositifs dits d’ouverture sociale vers les grandes écoles, du type Cordées de la réussite ou conventions Sciences Po, au motif qu’en sélectionnant des « méritants », ils « reviennent à donner plus à celles et ceux qui ont déjà plus ». Le professeur en sciences de l’éducation Xavier Pons, pour sa part, tente une analyse « équilibrée » sur un sujet de vive actualité : le recours aux enseignants contractuels dans le secondaire, qui a fortement augmenté (+24 % entre les années 2010-2011 et 2017-2018) mais reste, à hauteur de 5 % de l’effectif global, au même niveau qu’entre 1992 et 2005. Il pourrait toutefois contribuer à une « néolibéralisation à bas bruit de l’enseignement ». Le numéro se clôt par un entretien où Samuel Johsua, mathématicien devenu sociologue, professeur émérite à l’université de Provence, livre sa définition de l’émancipation par les savoirs.

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