Dans le couple, les inégalités de patrimoine entre hommes et femmes se creusent

Thomas Piketty s’est fait mondialement connaître en mettant en lumière la forte hausse des inégalités de patrimoine entre les ménages les plus aisés et les plus pauvres. D’autres chercheurs ont étudié ces différences entre les femmes et les hommes vivant en couple. Conclusion ? « Elles ont quasiment doublé dans notre pays en presque vingt ans, passant de 9 % en 1998 à 16 % en 2015, c’est-à-dire qu’en moyenne les hommes ont un patrimoine qui a augmenté plus vite que celui des femmes », constate Marion Leturcq, chercheuse à l’Institut national d’études démographiques. Un résultat d’autant plus étrange qu’en France la jeune génération des femmes est en moyenne plus diplômée que celle des hommes ; elles peuvent donc prétendre à de meilleurs postes.

Dès que les femmes se mettent en couple, elles y perdent, aussi bien en matière de stock – c’est-à-dire sur le patrimoine qu’elles constituent – qu’en matière de flux – c’est-à-dire sur leurs revenus. « L’écart de revenus moyens entre hommes et femmes est de 25 % en général, mais il passe à 9 % entre célibataires et à 42 % dans les couples de sexes différents », remarque Sibylle Gollac, chercheuse au CNRS et coautrice avec Céline Bessière de Genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités (La Découverte, 2020).

Avantage aux fils

Bien qu’elle ait beaucoup évolué avec le temps et continue de se transformer aujourd’hui, la famille reste le terreau des inégalités de genre… et cela commence dès la naissance. « Même si le code civil pose le principe de l’égalité entre les enfants devant la succession de leurs parents, dans les faits cela n’est pas toujours le cas », affirme Sibylle Gollac. La raison ? La « comptabilité inversée » est une pratique courante lors des successions.

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Les parents décident en effet très souvent d’attribuer les biens structurants que sont les maisons de famille et entreprises à leurs fils, notamment aînés ; charge au notaire d’organiser une compensation acceptable pour les autres héritiers. Celui qui a reçu davantage indemnise ensuite ses frères, mais surtout ses sœurs, qui reçoivent bien plus souvent que les garçons des sommes d’argent. Or, « il est possible de sous-évaluer un bien immobilier ou professionnel pour que celui qui le reçoit n’ait pas à verser une trop grosse compensation », observe Sibylle Gollac. Outre ce biais induit par les successions, les fils bénéficient aussi davantage de donations anticipées que les filles, ce qui leur permet d’accumuler plus rapidement du patrimoine. D’autant qu’ils sont aidés financièrement plus régulièrement que leurs sœurs.

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