Dans le Nord, le lin file de nouveau sa toile

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Publié aujourd’hui à 12h00

On le surnomme la fibre zéro déchet. C’est une petite pépite vieille de plus de 36 000 ans, à en croire ces chercheurs de l’Institut de paléobiologie du Musée national géorgien (Tbilissi) qui en ont découvert, en 2009, plus de 700 échantillons microscopiques dans une grotte du Caucase. En cette période de crise sanitaire, économique et écologique, le lin profite d’une nouvelle jeunesse, sous le sceau d’une mode écoresponsable et d’une volonté française de réindustrialisation.

Paille de lin à Hondschoote (Nord), le 10 mai 2021.

Cette matière textile, cultivée le long d’une bande de terre qui s’étale d’Amsterdam à Caen, connaît un retour en grâce depuis près de dix ans. La surface de lin textile cultivée en France, en Belgique et aux Pays-Bas a augmenté de 132 % entre 2009 et 2020. La relocalisation d’une filature à Béthune (Pas-de-Calais) vient compléter ce « come-back » prometteur du lin dans les Hauts-de-France.

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Safilin, entreprise familiale créée en 1778 et basée à Sailly-sur-la-Lys (Pas-de-Calais) depuis près de deux cent cinquante ans, a en effet choisi de relancer une unité de filature pour assurer une production de fils de lin 100 % française. Aberration liée à la mondialisation, la France a perdu, ces vingt dernières années, toutes ses filatures de lin, parties principalement en Chine, alors que l’essentiel de la production mondiale s’effectue dans cette zone. « C’est une fibre qui pousse en France mais qui n’est pas encore transformée à 100 % sur notre territoire, confirme le président de Safilin, Olivier Guillaume. Or, on a la volonté de produire au plus proche des bassins de production. »

Ballots de pailles de lin prêts à être déchargés et stockés, à l’usine Decock de Hondschoote (Nord), le 10 mai 2021.

Jusqu’ici, Safilin proposait, du champ au produit fini, une production 100 % européenne avec l’aide de ses deux sites en Pologne. Dans les années 1990, en pleine crise du textile, le groupe familial y a en effet délocalisé ses filatures. Dans le Pas-de-Calais, les machines à filer le lin se sont, pour leur part, tues en 2005. Seule restait au siège de Sailly-sur-la-Lys une équipe chargée de la commercialisation des produits et du soutien aux usines polonaises. Il y a vingt ans, cette délocalisation permettait à Safilin de ne pas mettre définitivement la clef sous la porte et de produire à un coût 30 % inférieur. Désormais, l’heure est à la relocalisation.

« Prise de conscience »

La crise sanitaire a joué le rôle d’accélérateur dans ce projet chiffré à 5 millions d’euros, dont 800 000 euros apportés par Bpifrance. « Le Covid-19 a fait prendre conscience aux acteurs de la distribution que consommer et produire localement sont des solutions complémentaires, explique Olivier Guillaume. Et le gouvernement est au rendez-vous. » Le lin, considéré comme une fibre noble, séduit. Avec un chiffre d’affaires d’environ 30 millions d’euros, soit deux fois plus qu’il y a six ans, Safilin veut se positionner sur le textile local de qualité. « Quand je parlais de made in France il y a cinq ans, on me riait au nez, se souvient-il. Mais, comme pour l’alimentaire ou les cosmétiques, il y a désormais une vraie prise de conscience dans le textile. »

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