Dans le Perche, le plasticien Jean-Luc Moulène s’offre un cube de travail sur mesure

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Publié aujourd’hui à 16h30

L’espace, totalement décloisonné, est organisé en modules.

Un diamant noir, érigé à l’orée d’un chemin bordé de tilleuls, jouxte un champ de blé. Quoique caché dans les buissons, le nouvel atelier de l’artiste Jean-Luc Moulène tranche dans le paysage verdoyant de Saint-Langis-lès-Mortagne, dans le Perche ornais, où le plasticien parisien, 65 ans, considéré comme l’une des signatures les plus emblématiques de sa génération, s’est replié depuis deux ans.

De l’extérieur, la structure tout en bois dessinée par l’architecte Didier Faustino, autre grand nom dans son domaine, évoque tout à la fois un ovni punk ou un mastaba, voire la Kaaba, ce cube recouvert d’un tissu noir vers lequel convergent les pèlerins de La Mecque. Les surfaces, planes et asymétriques, aux arêtes prononcées, sont gainées d’un simple caoutchouc noir dont les défauts, laissés visibles, font penser au martyre d’un écorché.

Seul impératif : une orientation au nord

A l’intérieur, les murs en bois aggloméré sont à nu. « On voulait une ambivalence entre l’élégance du dessin de la structure et l’âpreté de la matière, toutes coutures dehors, un côté totalement Frankenstein », revendique Didier Faustino, qui a livré le bâtiment en juin 2021. La mise en abyme est parfaite tant l’équilibre savamment fragile de l’édifice renvoie à l’œuvre rugueuse, faussement maladroite de Jean-Luc Moulène.

L’intérieur de l’atelier aux murs en bois aggloméré, avec des sièges réalisés par Moulène, inspirés du designer Gerrit Rietveld.

Cet atelier de près de 400 mètres carrés, l’artiste français en rêvait depuis longtemps : coincé dans un espace de travail dix fois plus petit, dans le quartier de Bercy, à Paris, il s’est senti débordé par ses archives. Happé par la sculpture, après avoir consacré ses premières décennies à la photographie, le créateur s’interroge : « Pourquoi rester à Paris alors que je ne suis pas mondain et que mes propres vernissages m’ennuient ? »

En 2017, en quête d’un terrain constructible avec sa femme, Viviane, ils sont à deux doigts de trouver leur Graal en Bourgogne, dans les vignes de Chagny, avant qu’une bonne amie leur signale, dans le Perche, une ancienne ferme du XVIIIsiècle entourée de plusieurs hectares de terres constructibles. « Les ex-propriétaires, d’anciens hippies, avaient pu reclasser ce terrain agricole en zone tourisme et culture », confie-t-il.

Jean-Luc Moulène dans son atelier.

Pour réaménager la ferme en lieu à la fois de vie et de travail, le couple fait appel à Didier Faustino, un « architecte d’auteur », selon le mot du critique d’architecture Francis Rambert, qui a choisi de nommer son agence le Bureau des Mésarchitectures. Pour la construction d’un atelier à part sur le terrain adjacent, Jean-Luc Moulène lui laisse carte blanche. Seul impératif : une orientation au nord, pour jouir toute la journée d’une lumière blanche et constante.

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