Dans les Hauts-de-France, le pôle industriel électrique de Renault se bâtit

Devant l’entrée de l’usine Renault de Douai (Nord), le 20 mai 2020.

Voilà qui devrait conforter son image de mécano du « made in France ». Luciano Biondo, le directeur industriel du pôle électrique et véhicules utilitaires de Renault, dans le nord de la France, a mené à bien les négociations qui ont abouti à la signature, mardi 8 juin, d’un accord avec l’ensemble des partenaires sociaux pour la création d’un grand complexe de production de véhicules électriques, « le plus important et compétitif d’Europe », selon l’entreprise, et baptisé Renault ElectriCity.

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Le groupe au losange va regrouper, au 1er janvier 2022, ses usines de Douai, Maubeuge (Nord) et Ruitz (Pas-de-Calais) au sein d’une seule entité juridique, filiale à 100 % du groupe, d’après le texte signé – fait rare – avec l’ensemble des syndicats, y compris SUD et la CGT. Ce sont donc près de 5 000 emplois des trois usines qui sont sauvegardés et, aux termes de l’accord, 700 postes supplémentaires qui seront créés entre 2022 et 2024, dont la moitié à Maubeuge (véhicules utilitaires) et l’autre moitié à Douai (véhicules particuliers) et Ruitz (usine de mécanique).

Le complexe industriel nordiste revient de loin. Fin mai 2020, alors que Renault annonçait un plan de suppression de 4 600 postes en France, l’avenir des trois sites n’était pas garanti. Aujourd’hui encore, la santé économique du groupe, qui a affiché 8 milliards d’euros de perte nette en 2020, est fragile. La situation sociale dans les fonderies travaillant pour le constructeur, qu’elles soient filiales ou sous-traitantes, est catastrophique. A Douai, l’usine produisant des Talisman, Scénic et Espace, qui est « conçue pour fabriquer 300 000 véhicules par an, tourne tout juste à 10 % de sa capacité », note Mariette Rih, déléguée syndicale FO. « Il fallait agir et réagir. L’accord trouvé est une vraie bonne nouvelle. »

« Dialogue social constructif »

A condition que les acheteurs de véhicules électriques soient au rendez-vous, Douai devrait être donc renfloué par la production de trois voitures : la Mégane électrique (les premiers véhicules d’essai viennent de sortir des lignes), puis, après 2023, la future R5 à batteries et tout autre véhicule de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi produit sur la plate-forme pour petit véhicule dite CMF-B-EV. Enfin, une troisième silhouette du segment C, qui pourrait être un successeur en version électrique du Renault Kadjar, devrait sortir aussi de ces lignes.

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A Maubeuge, l’usine tournera autour du nouveau Kangoo E-Tech et à Ruitz, les boîtes de vitesse seront remplacées à terme par des bacs batteries. « Le but est de se rapprocher des 400 000 voitures électriques produites par an à l’horizon 2025 pour l’ensemble du pôle Nord », résume Luciano Biondo. « Avec cet accord, nous avons démontré notre capacité à nous réformer, par le dialogue social constructif. C’est grâce à cela et à la mise en place d’un réseau local – partenaires, logisticiens, universités – qu’on parvient à produire des véhicules en France », ajoute M. Biondo, débauché, fin 2020, par Renault de Toyota, où il avait réussi le même pari du « made in France » lorsqu’il dirigeait l’usine de Valenciennes. Il était parvenu à décrocher en 2019 la production des nouvelles Yaris et Yaris Cross, pourtant des petits véhicules réputés impossibles à fabriquer dans l’Hexagone.

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