Dans les médiathèques municipales, le passe sanitaire passe mal

Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, à Paris, le 28 septembre 2021.

Mercredi 13 octobre, quatre bibliothécaires tractent devant la médiathèque L’Echo, du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), un grand bâtiment design et laqué rouge Ferrari. Voilà dix jours qu’elles sont en lutte contre l’extension du passe sanitaire aux enfants à partir de 12 ans instauré le 30 septembre, qui empêche l’accès des médiathèques au jeune public non vacciné.  « Autant pour la culture, autant pour l’aide aux devoirs et pour l’éducation », déplorent-elles.

Après deux jours de grève nationale (les 1er et 13 octobre), largement suivie contre le passe, des tribunes publiées dans la presse, le mouvement « les bibliothécaires mobilisés » aimerait également pousser le gouvernement à rendre aux bibliothèques municipales le statut d’établissement essentiel qu’elles ont perdu à la faveur de l’été (contrairement aux bibliothèques universitaires et aux grands établissements nationaux, qui l’ont conservé).

Distribuant les pétitions aux usagers qui s’apprêtent à pénétrer dans la médiathèque, le petit groupe laisse exprimer sa colère lorsqu’il voit de jeunes enfants entrer librement dans le centre commercial, juste en face. « Alors que nous, on doit biper leur QR code. Nous ne sommes pas responsables de la décision de leurs parents », grogne une des bibliothécaires qui préfère rester anonyme. « Ça va à l’encontre de l’idée de service public, qui est au cœur de notre vocation », plaide sa collègue.

Incohérences des mesures

La médiathèque L’Echo : une surface de 2 000 mètres carrés, une immense hauteur sous plafond et des murs en béton brut qui en soulignent l’immensité – mais aussi, ce jour-là, le vide. « C’est sûr qu’on est moins serrés que chez Carrefour ! Ici, on peut suivre les règles de distanciation », ironise une autre bibliothécaire.

Pour un mercredi après-midi en dehors des vacances scolaires, le faible nombre d’enfants sur les poufs et les coussins est frappant. Les professionnels, en pleine reconquête de leur public après la pandémie, estiment que la fréquentation a baissé de moitié en raison des confinements successifs et ont l’impression de subir une double peine avec le passe. Et de souligner les incohérences des mesures en vigueur : laisser entrer les enfants sans passe dès lors qu’il s’agit d’une sortie scolaire, ou exempter de passe les demandes de documentation pour « motifs professionnels ou à des fins de recherche ». Certaines villes, comme Lyon ou Grenoble, se saisissent également de cette exception pour en faire la règle, courant le risque d’être sanctionnées.

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