Dans les mines d’or de RDC, enfants et femmes s’épuisent à trouver « le bon filon »

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Victorin (le prénom a été changé) travaille dans la mine d’or artisanale de Kadumwa, près du village de Luhwindja, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), le 24 juin 2021.

Espoir N. ne sait plus depuis combien de temps il travaille à la mine d’or de Kadumwa, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). La faute à ces journées qui s’étalent du lever au coucher du soleil. A un rythme effréné, le dos chargé de sacs de terre, l’adolescent dévale les pentes sablonneuses de la mine. A 2 000 mètres d’altitude, il lui faut emprunter les travées instables qui surplombent les puits, avant de terminer sa course en contrebas, à la « piscine », là où le sable est lessivé pour faire émerger les pépites d’or.

Espoir N. affirme avoir 18 ans mais en paraît dix de plus. « Un jour, dit-il, je quitterai Kadumwa. Il faut juste que je trouve le bon filon. » Dans le meilleur des cas, l’adolescent gagne quotidiennement 40 000 francs congolais (17 euros). Comme lui, plus de cinq mille personnes travaillent, à la seule force de leurs bras, autour des 600 puits de cette mine artisanale, située à Luhwindja, dans la province du Sud-Kivu.

Même les policiers viennent ici chercher fortune. Ce jour-là, ils sont deux. « Ils n’ont rien à faire ici ! », vocifère en les apercevant Amos Chungulira, le « vice-président » des creuseurs, chargé également des « ressources humaines ». Cet homme sec et énergique ne craint pas les agents armés venus « racketter » les mineurs. « Ils doivent nous quitter sans conditions ! On ne veut pas de problèmes ici », lance-t-il à ses subalternes, depuis son bureau lugubre planté au cœur du carré minier. Les policiers finissent par rebrousser chemin, sans mot dire.

« Pour quelques billets »

Assainir les pratiques au sein de la mine, le « vice-président » des creuseurs y tient. Mais son combat bute sur de sérieux obstacles. Capuche rabattue pour se protéger du soleil cuisant, Victorin (le prénom a été changé), un garçonnet au visage jauni par le sable, écrase avec peine quelques pierres extraites au fond d’un puits. Sa présence, illégale du fait de son jeune âge, émeut peu le chargé des « ressources humaines ». « Il a dû se faufiler jusqu’ici sans l’accord de ses parents pour gagner quelques billets », avance-t-il.

Une scène banale dans les mines du pays où, selon l’ONG Observatoire gouvernance et paix, les enfants représentent 8 % des effectifs. Rien que dans les mines de cobalt, un minerai utilisé dans la fabrication de smartphones et de batteries électriques, un rapport d’Amnesty International estimait leur nombre à 40 000.

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