« Dans les pays du Sahel, l’influence des militaires est en recul »

Tribune. Sur les dix Etats que compte le Sahel (Burkina Faso, Cameroun, Gambie, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal et Tchad), seuls deux – le Mali et le Tchad – sont aujourd’hui dirigés par des militaires. De la Gambie au Niger en passant par le Nigeria, la plupart des pays de la région ont connu des alternances démocratiques et des transitions pacifiques. Il n’empêche : le Sahel reste perçu et décrit comme une zone qui aurait oublié les principes de base de la démocratie.

Un tel narratif alimente sans doute les intérêts géopolitiques plus larges de différents acteurs. Pourtant, l’influence des militaires a bel et bien diminué depuis les années 1990. Et ce, dans un contexte où l’armée a continué de jouer un rôle de plus en plus difficile, face à des défis de sécurité non traditionnels, avec une multiplication de groupes armés qui s’étendent au-delà des frontières et l’apparition de milices d’autodéfense.

La question de la gouvernance reste centrale. L’aggravation de l’insécurité mine des Etats fragiles, parmi les plus pauvres de la planète, en fin de liste de l’indice de développement humain (IDH) comme le Niger et le Tchad. Les crises politiques récurrentes au Mali ne remettent pas seulement en cause l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030, mais aussi toute perspective d’amélioration pour une population qui vit pour moitié dans la pauvreté.

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Selon le Democracy Index 2021 de l’Economist Intelligence Unit [entreprise britannique de conseil appartenant à The Economist Group], le Mali et le Tchad occupent respectivement la 116e et la 163e place. Les deux pays entrent dans la catégorie des « démocraties imparfaites » de ce palmarès. Leur classement est tiré vers le bas en raison de leurs mauvais scores en termes de fonctionnement du gouvernement, de participation et de culture politiques.

Sénégal et Mauritanie

Ce type de classement comparatif permet aux hommes politiques de chaque pays d’argumenter à loisir, de manière rhétorique, sur l’absence ou la présence chez eux de valeurs démocratiques « libérales », portées sur la protection des libertés individuelles. Il n’offre cependant pas de lecture fiable et sensée des sources de légitimité, pas plus qu’il ne rend compte des menaces internes et externes à cette légitimité.

On ne peut comprendre les défis de la gouvernance au Sahel aujourd’hui sans analyser les relations entre civils et militaires, ni tenir compte du rôle que joue la coercition dans la construction de l’Etat, de la nation et l’exercice de l’autorité politique.

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