Dans les théâtres, le mauvais spectacle de l’égalité femmes-hommes

L’écart femmes-hommes s’observe dans tous les champs disciplinaires, à l’exception des spectacles de marionnettes et des spectacles « jeune public ».

« Il est temps que le service public de la culture donne une image exemplaire de la parité. » Réuni en conseil national, lundi 25 octobre, le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac) a voté à l’unanimité une nouvelle « feuille de route » pour accélérer l’égalité femmes-hommes dans le spectacle vivant. Cet engagement fait suite à un comptage, mené pour la première fois auprès des adhérents du syndicat, sur la place des spectacles écrits et réalisés par des femmes dans les programmes des scènes publiques. Résultats : seules 35 % des mises en scène sont réalisées par des femmes et les autrices ne représentent que 29 % des spectacles diffusés. « C’est un résultat sans appel et péniblement caricatural », estiment les responsables syndicaux.

Réalisé à partir des plaquettes de programmation de la saison 2019-2020 auprès de 280 établissements (scènes nationales, centres dramatiques nationaux, etc.) et de 26 festivals subventionnés par le ministère de la culture, ce comptage « montre une inégalité structurelle puissante », considère Nicolas Dubourg, président du Syndeac. L’écart femmes-hommes s’observe dans tous les champs disciplinaires, à l’exception des spectacles de marionnettes et des spectacles « jeune public » (deux catégories où 47 % des programmations sont réalisées par des femmes). Le label des lieux, quant à lui, ne change pas le déséquilibre observé : 33 % de femmes dans les scènes nationales, 36 % dans les théâtres nationaux, 35 % dans les festivals.

Salles plus petites

L’enquête du Syndeac a également mesuré « le potentiel de spectateurs susceptibles de voir les projets portés par des femmes par rapport à ceux des hommes ». Résultat : il atteint 31 % pour les femmes, contre 69 % pour les hommes. Pourquoi ? Parce que les spectacles réalisés par des femmes sont programmés essentiellement dans des salles plus petites, offrant des jauges plus réduites, diminuant leur exposition publique. Là encore, seuls la marionnette (48 % contre 52 % pour les hommes) et le « jeune public » (46 % contre 54 %) font exception. « Cela démontre que les inégalités sont à tous les niveaux, symboliques ou économiques », déplore Nicolas Dubourg. « Moins produites, moins financées, les metteuses en scène sont contraintes à des œuvres plus modestes, acquièrent moins de notoriété et sont donc moins diffusées sur de grands plateaux, c’est un cercle vicieux », poursuit-il.

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Quant aux autrices, seuls les centres nationaux des arts de la rue leur accordent une place majoritaire (57 %) et les centres de développement chorégraphique nationaux une bonne place (48 %). Enfin, sur les plateaux, la présence femmes-hommes est davantage égalitaire, surtout dans les spectacles de danse. A l’opposé, les festivals programment à 65 % des artistes masculins. « En menant ce comptage, nous avons pris nos responsabilités », insiste Nicolas Dubourg.

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