Dans leur jardin, ils recensent plantes et espèces menacées

Par Pascale Krémer

Publié aujourd’hui à 18h00

Ils étaient nuls en maths mais prennent plaisir à compter. Les cours de biologie les assommaient, et les voilà qui scrutent vers luisants, hérissons, hippocampes ou nénuphars pour renseigner les chercheurs. A quatre pattes dans la terre, les yeux rivés à la jumelle, sous le cagnard, dans l’eau, pendant quelques minutes ou des heures, chaque semaine, 136 000 Français observent la faune et la flore comme des naturalistes qu’ils ne sont pas. Soit sept fois plus qu’il y a dix ans.

Sans aucune compétence de départ, ils participent à l’un des 165 programmes de sciences participatives qui inventorient et étudient une biodiversité menacée. Des programmes (recensés sur le site Open, pour Observatoires participatifs des espèces et de la nature) toujours plus nombreux, drainant toujours plus de participants. Leur principe ? Une institution de recherche (souvent le Muséum national d’histoire naturelle-MNHN) collabore avec une association (Ligue pour la protection des oiseaux – LPO, Opie, Noe, Tela Botanica, FNE, Planète mer…) pour collecter puis exploiter quantité de données sur une espèce, fournies par des bénévoles partout en France.

« Transformez votre jardin, votre balcon ou votre terrasse en laboratoire scientifique en y installant deux mangeoires et en suivant en temps réel les allées et venues des oiseaux qui viennent s’y nourrir. Il n’est pas nécessaire de savoir reconnaître les espèces ! », promet ainsi le site BirdLab (MNHN, LPO). Une application ludique et un quiz d’entraînement transforment tout novice en ornithologue, certes du dimanche, mais apte à transmettre des informations que la communauté en ligne d’observateurs, puis des experts, valideront.

Ouvrir l’œil

Bien avant l’ère des appli, en 1850, le Muséum fournissait déjà des livrets aux voyageurs des colonies pour les inciter à ouvrir l’œil, et rapporter des échantillons. La version contemporaine de l’implication d’amateurs dans les sciences naturelles, sous l’appellation « sciences participatives », remonte à 1989 au Muséum, avec le programme de Suivi temporel des oiseaux communs (STOC), inspiré des week-ends américains et anglais de birdwatch, le comptage des oiseaux. Mais c’est l’Observatoire des oiseaux des jardins (avec la LPO) qui, à partir de 2012, popularise la pratique, tandis que se répandent outils numériques et anxiété environnementale. « Avec, au niveau de la société, une prise de conscience de l’enjeu de conservation de la biodiversité, et une demande d’outils pour la préserver », note Anne Dozières, directrice des quinze programmes participatifs du Muséum.

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