Dans « Petite sœur », Nina Hoss et Lars Eidinger forment un splendide duo gémellaire

Lisa (Nina Hoss) est dramatuge et son frère Sven (Lars Eidinger) acteur.

L’AVIS DU « MONDE » – « À NE PAS MANQUER »

C’était au festival de Berlin, en février 2020, juste avant le couperet de la crise sanitaire. On découvrait l’une des plus belles révélations de la compétition, Schwesterlein (« Petite sœur »), second long-métrage de deux réalisatrices suisses venues du documentaire, Stéphanie Chuat et Véronique Reymond. L’impressionnant casting avait de quoi rendre curieux, avec trois immenses acteurs de théâtre et de cinéma : Nina Hoss, égérie de Christian Petzold (Barbara, Phoenix) ; Jens Albinus, issu de la scène danoise, qui a percé sur le grand écran avec Lars von Trier (Les Idiots, Dancer in the Dark, Le Director, Nymphomaniac…) ; enfin Lars Eidinger, inoubliable Hamlet (entre autres) dans la cour d’honneur d’Avignon, en 2008, avec une mise en scène de Thomas Ostermeier. Précisons que Lars Eidinger et Thomas Ostermeier jouent leur propre rôle dans Petite sœur, tout en incarnant des personnages de fiction.

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Etre soi-même tout en devenant un autre, s’échapper de la réalité documentaire pour aller vers le merveilleux, telle est la promesse de ce film lumineux et nerveux écrit par les deux cinéastes, par ailleurs comédiennes et proches de Ostermeier. Mais loin de rester dans l’entre-soi du théâtre, Petite sœur raconte une histoire des plus simples, un amour fraternel, que la mise en scène à la précision suisse et le génial travail sur le son emportent dans un tourbillon virtuose.

Lisa (Nina Hoss), dramaturge berlinoise, mène une vie d’expatriée en Suisse qui l’a un peu éloignée de la scène, son compagnon (Jens Albinus) ayant été nommé directeur d’une école internationale de musique, dans les collines verdoyantes de Leysin. Lisa a un frère jumeau qu’elle adore, Sven (Lars Eidinger), célèbre acteur allemand avec lequel elle partage la passion de la scène, héritée des parents – Marthe Keller vénéneuse dans le rôle de la mère férue de théâtre politique, dédaignant l’autrice contemporaine qu’est devenue sa fille. Lisa est née deux minutes après son frère, et pour cette raison celui-ci l’appelle ironiquement « petite sœur ». Sven est atteint d’une leucémie et a dû interrompre son travail sur Hamlet. Lisa est persuadée que le plateau et les répétitions lui redonneraient l’énergie pour combattre la maladie. Mais le metteur en scène et patron de la Schaubühne, David (Thomas Ostermeier), craint de mettre l’acteur en danger, ainsi que sa production.

Course contre le temps

Ce sont les premières minutes du film, lequel se consacre ensuite à tirer les fils de la relation entre les jumeaux. On parle ici de fils narratifs, musicaux, gestuels, car fort heureusement on ne trouvera ici aucune ficelle psychologisante. Dans sa course contre le temps qui reste, le film est sans pathos, dans l’urgence de transmettre le plus important. Comment raconter au cinéma cette étrange sensation que deux êtres sont reliés par quelque chose d’invisible ? La réponse se trouve dans une musique de Brahms, Schwesterlein justement, laquelle habite les premiers plans du film. Lisa s’affaire, prépare le sac de survie de son frère avec tous les médicaments, tandis que le chant lyrique emplit l’espace sonore. Puis elle se rend à l’hôpital et retrouve Sven assis sur son lit, un casque et des écouteurs sur la tête. Voyant sa sœur arriver, il enlève le casque et la musique s’arrête. Le frère était donc déjà là dès les premières images, bien que hors champ, tel un fantôme hantant les pensées de sa sœur.

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