Danse : Boris Charmatz nommé a la tête du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch

Le chorégraphe et danseur Boris Charmatz à Paris, le 21 octobre 2020.

C’est le danseur et chorégraphe Boris Charmatz qui prendra la direction du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch, compagnie historique de premier plan créée en 1973 par l’artiste allemande, à Wuppertal (Allemagne), à partir de septembre 2022. Cette nomination, annoncée officiellement jeudi 21 octobre par le conseil d’administration de la troupe, entend relancer la trajectoire de cette institution qui, depuis la mort fulgurante de Pina Bausch en 2009, se cherche un nouvel avenir, entre répertoire et création.

Autant dire que la charge et la responsabilité qu’endosse l’artiste français, personnalité-phare de la scène contemporaine depuis le milieu des années 1990, est aussi lourde qu’excitante. « C’est un immense honneur mais surtout un vrai risque et une aventure très riche en émotions déjà, commente Boris Charmatz, joint par téléphone avant la conférence de presse. Je suis heureux mais j’ajoute un petit p devant le mot car je me sens aussi un peu peureux devant ce qui m’attend. Il va falloir pas mal d’humilité pour endosser ce poste avec 60 personnes devant soi, dont 32 danseurs, ainsi que les spectacles de Pina, qui sont pour moi des trésors immatériels de l’humanité, à conserver et à transmettre. »

Lire le portrait : Article réservé à nos abonnés Les foules en mouvements de Boris Charmatz

Directeur du Musée de la danse, Centre chorégraphique national de Rennes, de 2009 à 2018, actuellement installé dans les Hauts-de-France avec sa nouvelle structure baptisée Terrain, Boris Charmatz a été contacté il y a six mois par la Commission de recherche spécialement mise en place et composée d’experts, de représentants de la ville de Wuppertal, du Land de la Rhénanie du Nord-Westphalie et de l’Ensemble Pina Bausch. Il n’a pas hésité longtemps. « Comment dire non à un projet pareil ?, dit-il. Nous avons tout de même pas mal discuté autour de différentes propositions. Inviter un artiste représente un bouleversement total, une nouvelle vision pour la compagnie, la ville.. .Bien sûr, les œuvres de Pina vont continuer à faire partie du répertoire, mais il s’agit de retrouver une liberté créatrice pour inventer le XXIe siècle. Une place première va être donnée au présent et au futur pour avoir une chance de faire des gestes qui comptent. »

Culture allemande dans son ADN

Boris Charmatz prend la suite d’une série de directeurs qui ont maintenu avec vaillance et passion les 44 pièces, dont un nombre maximal de chefs-d’œuvre, de Pina Bausch. D’abord prise en main par l’interprète historique Dominique Mercy et Robert Sturm, assistant de la chorégraphe, de 2009 à 2013, par Lutz Förster, danseur emblématique, de 2013 à 2016, puis par Adolphe Binder, entre 2017 et 2018, et enfin par Bettina Wagner-Bergelt, de 2019 à 2022, la troupe a développé, parallèlement à la diffusion des spectacles de Pina Bausch, quelques collaborations avec des metteurs en scène contemporains dont le grec Dimitris Papaioannou et le norvégien Alan Lucien Oyen. « Je ne viens pas de la danse-théâtre et je n’ai pas de filiation directe avec Pina, précise Boris Charmatz. Mais la culture allemande fait partie de l’ADN de ma famille. J’ai baigné dans la littérature et la poésie allemande. Ma mère était professeur d’allemand ; mon père est juif d’origine allemande et mon arrière-grand-père est mort à Auschwitz. Enfant, je passais mes vacances d’été à Berlin. Je viens d’ailleurs d’intervenir au Mémorial de la Shoah, à Paris. »

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