Danse : Hofesh Shechter célèbre le retour à la vie sur scène au Théâtre du Châtelet

Reprise de « Clowns », dans le programme « Double Murder », de Hofesh Shechter.

« Hip hip hip hourra ! Hip hip hip hourra ! » Hurler de concert avec les 1 200 spectateurs du Théâtre du Châtelet, à Prais, mardi 5 octobre, est une expérience stupéfiante. Ce plaisir insolite, qui a ouvert les vannes d’une joyeuse rigolade dans le public, est un cadeau du chorégraphe Hofesh Shechter.

De nouveau sur les plateaux, avec sa pièce Double Murder, à l’affiche jusqu’au 15 octobre, l’artiste israélien installé à Londres a chargé un danseur de sa compagnie d’ouvrir la représentation par une introduction. « Pour célébrer la vie et le retour à la normale, hip hip hip !… » Et hop, un french cancan déchaîné, très cocorico sur Offenbach, en rajoute une couche sur le gâteau.

Autant dire qu’avec un lancement aussi tonitruant, Double Murder, dont le titre, comme souvent chez Shechter, vaut indice, n’a qu’à bien se tenir. La soirée se compose de deux pièces : Clowns, créée en 2017, et un nouvel opus intitulé The Fix (« la réparation »). Ce programme mixte, qui redistribue des formats courts, est en passe de devenir une habitude chez Shechter. La mise en miroir d’œuvres conçues séparément et à des époques différentes appelle d’autres points de vue, suscitant, dans le meilleur des cas, des frottements fertiles.

Sens de l’effet choc

Si la doublette est ici légèrement bancale – la première partie pèse plus lourd en termes de temps et d’impact esthétique que la seconde –, le message postpandémie passe : entre la sarabande macabre de Clowns et l’écheveau de douceur de The Fix, Shechter cherche l’apaisement en privilégiant la relation à l’autre, le soutien collectif.

Revoir Clowns permet de mesurer la vigueur incisive du geste artistique de Shechter. Maîtrise de l’espace, expertise du suspense, sens de l’effet choc, il aiguise des couteaux imaginaires qui tranchent sec. Il épingle aussi la violence et son imagerie qui font de la mort un show. Ses dix personnages à collerette, droit sortis d’un théâtre de pantins, dégainent tout en continuant à danser. Leurs apparitions profitent de l’écriture hachée du chorégraphe, qui manipule avec brio brusques changements de lumières et passages au noir. Soutenue par des cassures musicales, la pièce chavire d’un cirque forain à l’ancienne sur fond de rideau rouge à une page blanche sur laquelle les interprètes se découpent en aplats.

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Cette signature repérée de Hofesh Shechter, qui compose également les musiques percussives de ses productions, se défait dans The Fix. Régulièrement, le chorégraphe cherche à secouer ses propres codes. Les danseurs font corps commun au gré d’un tricot de gestes souples sans cesse reconduits. Comme dans un rêve, l’espace devient élastique ; le temps s’allonge. Des vagues sonores géantes ont beau s’abattre sur scène, la communauté résiste.

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