Danse : l’opus à la vie de José Montalvo

Denis Sithade Ros dit Sitha lors d’une séance de travail, le 4 février 2020, pour « Gloria », chorégraphie de José Montalvo, à La Briqueterie, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Trop gros, trop grande, trop de fesses, trop de seins, trop maigre… Ce « trop » fait joyeusement déborder le nouveau spectacle, intitulé Gloria, du chorégraphe José Montalvo. Celui qui en connaît un rayon question superlatif a rassemblé seize interprètes, dont aucun ne correspondait aux normes et n’aurait dû devenir danseur. Et, pourtant, les voilà en train de cavaler, jeudi 9 septembre, sur le plateau de la Maison des arts de Créteil, pour célébrer à fond les ballons la fierté d’être comme ils sont.

Avec cet opus de retour à la vie, deux fois annoncé et annulé depuis mars 2020 pour cause de Covid-19, José Montalvo, qui rencontre un succès mondial depuis Paradis (1997), met en scène une pièce de combat et de fête. Lutter pour danser prend chez lui la saveur d’un cri de plaisir. Ce n’est pas pour rien que sa vocation s’enracine dans les fiestas flamencas où ses parents, exilés politiques fuyant le franquisme à la fin des années 1950, se retrouvaient avec des réfugiés italiens, algériens, marocains… près de Carcassonne. Avec toujours le côté volontariste de celui qui choisit l’optimisme et le bonheur. Autant dire que, si la crise sanitaire a entamé le moral de l’artiste et du directeur de salle – il est à la tête de la Maison des arts de Créteil depuis 2016 –, elle a aussi rechargé ses batteries et celles de sa compagnie.

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L’exaltation des interprètes, qu’ils soient hip-hop, flamenco, classique ou contemporain, nourrit un geyser gestuel continu. Sur du jazz manouche électrisant, c’est la course sur le plateau. La juxtaposition des styles, toujours présente chez Montalvo, est chamboulée par des échanges de savoir-faire. Les experts hip-hop se risquent dans les danses traditionnelles africaines tandis que les as du flamenco se juchent sur des chaussons de pointes. Et comme si ça ne suffisait pas, tout ce petit monde joue de la musique, chante et parle dans ce qui ressemble à une comédie chorégraphique inédite.

Arche de Noé fantastique

Gloria se place sous l’aile de Pina Bausch (1940-2009) à laquelle José Montalvo rend un hommage. A l’instar de la chorégraphe allemande, il plante un micro sur le plateau derrière lequel défilent les interprètes pour confier leur histoire. Cet effet citation agit comme une loupe sur chaque personne de la troupe. Il la distingue dans le groupe qui reste toujours soudé. Régulièrement, un chœur silencieux observe les évolutions d’un danseur en solo. La communauté est là, solide, qui déroule enfin un serpentin dans l’esprit Pina où chacun se déhanche sur Je suis le nombril du monde, le tube de Jeanne Moreau.

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