Daphné B., François Garde, Claudio Morandini, Valérie Tong Cuong… les brèves critiques du « Monde des livres »

Roman. « Le Chien », d’Akiz

Personne ne sait vraiment qui il est. Son ami Mo l’appelle simplement le Chien. On dit qu’il est orphelin, qu’il vient du Kosovo et qu’il a passé son enfance enfermé quelque part avec, pour seul lien au monde, la nourriture misérable qu’on lui donnait. Taciturne avec des tendances autistes, il a développé un don rare, si ce n’est unique : il a la papille absolue comme d’autres ont l’oreille absolue. Ainsi débute le récit d’Achim Bornhak, dit Akiz, un auteur allemand, né en 1969, qui était jusque-là connu comme réalisateur et scénariste. Akiz imagine que son Chien peut deviner au goût si les pommes de terre ont été cultivées à proximité d’une route, si la viande provient d’un animal abattu sans douleur ou non, ou encore si le repas a été préparé par un homme ou une femme… Engagé dans un grand restaurant par un chef ombrageux et imprévisible qui a fait ses armes chez Bocuse, il ne tarde pas à stupéfier tout le monde par son talent et ses prodiges culinaires, mettant l’univers de la grande cuisine sens dessus dessous jusqu’à l’apothéose finale en forme de bacchanales. Un récit savoureux, très visuel et suggestif qui, bien que de facture classique, s’aventure là où se mitonnent l’érotisme et la sensualité. P. Ds

« Le Chien » (Der Hund), d’Akiz, traduit de l’allemand par Brice Germain, Flammarion, 256 p., 20 €., numérique 14 €.

Essai. « Maquillée. Essai sur le monde et ses fards », de Daphné B.

Daphné B. est une poétesse et traductrice québécoise à laquelle il arrive régulièrement de « perdre une journée de [s]a vie à fantasmer sur une palette de maquillage ». Intriguée par son ­propre intérêt pour le contenu posté sur les réseaux sociaux par les influenceurs et influenceuses beauté, Daphné B. livre un essai aussi intime qu’intellectuellement opulent. Fascinée par son sujet, l’autrice mêle son érudition livresque à l’analyse du monde de la beauté. De « l’effeuillage de la marchandise » pratiqué par les « beauty gurus » aux indétrônables selfies qui saturent nos représentations, elle décortique avec finesse et pertinence les stratégies de communication contemporaines.

Alors que la Daphné B. anticapitaliste et féministe s’étonne de sa propre consommation effrénée de contenus et de produits, le capitalisme se révèle une « formidable machine à émotions ». Quant aux conseils que les « beauty gurus » délivrent sur YouTube, ils apaisent les angoisses les plus impénétrables : « Ces conseils me rassurent quand ma gorge se serre ; ce sont des paroles sur lesquelles je veux m’appuyer. » Aussi agile de sa plume que de ses pinceaux à maquillage, ­Daphné B. orne ses réflexions d’une écriture superbe, aussi lucide que ­sensible – un fard qui n’a rien, lui non plus, de superficiel. So. Be.

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