D’Audrey Hepburn à Susan Sarandon, les lunettes « œil-de-chat », une promesse de liberté

Lunettes en acétate, Celine par Hedi Slimane, 290 €.

L’histoire de la monture « œil-de-chat » (traduction littérale de cat’s eye) se concentre essentiellement sur la Ve Avenue, l’artère vitale de Manhattan qui borde Central Park et abrite les adresses les plus illustres du pays. C’est ici, dans ce cadre étrange, que son histoire prend forme. Le XXe siècle est dominé par les lunettes rondes. On les porte faute de mieux et avec d’autant plus d’appréhension qu’Harold Lloyd et Groucho Marx les ont associées malgré eux au rire et au grotesque.

Embauchée pour concevoir les vitrines de boutiques de la Ve Avenue, dépitée par la monotonie des lunettes qu’elle a sous les yeux, la designer Altina Sanders se met au travail et cherche une solution, un modèle qui embellisse les visages. Ironie de l’histoire, c’est auprès d’un personnage comique du carnaval de Venise qu’elle trouve l’inspiration. Sorti en 1939, son modèle Harlequin fait un tabac.

Après-guerre, c’est l’insouciance qui renaît. Comme l’atteste Marilyn Monroe au sommet de sa carrière dans la comédie Comment épouser un millionnaire, l’Harlequin est alors la monture mi-rétro mi-moderne du moment. Lauren Bacall ou Audrey Hepburn tombent aussi sous le charme, cette dernière, lui offrant son rôle le plus emblématique à ce jour.

Tournée évidemment sur la Ve Avenue, au petit jour, la scène d’introduction de Diamants sur canapé finit à elle seule de convaincre le monde entier : dans la ville encore endormie, la star tout en collier et tenue de soirée, retirée derrière de grandes lunettes noires, s’offrent quelques minutes de lèche-vitrines avant d’aller se coucher.

Promesse de liberté

Si les créateurs de mode commencent à proposer des modèles toujours plus excentriques à partir des années 1965-1970, la lunette œil-de-chat est pour toujours associée au glamour, à Hollywood, aux prémices d’un monde tout beau, tout neuf. Et si la mode s’essouffle parfois, la légende renaît à intervalle régulier.

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En 1991, Susan Sarandon dans Thelma & Louise lui donne une seconde vie. Trente ans après Audrey Hepburn, la lunette œil-de-chat se pose à nouveau sur le nez d’une femme éprise d’indépendance et de liberté. C’est sa promesse.

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Aujourd’hui, les richesses présentes sur la Ve Avenue sont accessibles depuis un simple écran. Audrey Hepburn irait plus volontiers se promener à Central Park avant de rentrer se coucher, une paire œil-de-chat sur le nez.

Lunettes en plastique biodégradable, Nanushka Shae, 295 €.
Lunettes en acétate, Rendel, 119 €.
Lunettes en acétate, Saint Laurent par Anthony Vaccarello, 305 €.
Lunettes en acétate, Marc Jacobs, 240 €.
Lunettes Laiya en acétate, Oliver Peoples, 298 €.
Lunettes Prad a Cinéma en acétate, Prada, 350 €.