David Djaïz : « Nous avons besoin de refaire la France pour vraiment faire l’Europe »

David Djaïz, auteur du Nouveau modèle français (Allary éditions, 240 pages, 19,90 euros) et enseignant à Sciences Po Paris, revient sur les raisons de la poussée du souverainisme dans le discours politique français, à six mois de l’élection présidentielle. Au cœur d’une « mondialisation incertaine » et face à un souverainisme « identitaire », il prône le renforcement de la souveraineté des nations et leur coopération pour mieux appréhender les « problèmes globaux ».

Le souffle du souverainisme s’invite partout en ce début de campagne. Comment expliquer ce retour en force de la souveraineté, sous différentes teintes, dans le débat politique français ?

Si le discours sur la souveraineté revient en France et ailleurs en Occident, alors qu’il avait très mauvaise presse il y a vingt ans, c’est parce que nos sociétés ont depuis connu trois grandes crises de l’interconnexion généralisée. La première a été la crise sécuritaire provoquée par les attentats du 11 septembre 2001, un coup porté à l’unification du monde sous le parapluie américain. La deuxième, c’est la crise de 2008, une crise mondiale liée aux interconnexions financières et économiques. La troisième, c’est bien sûr la crise du Covid-19, méga crise de l’interconnexion planétaire, dont nous sortons à peine.

Face à ces trois crises, il y a le sentiment renouvelé, parfois de peur, d’être pris dans des phénomènes mondiaux que nous ne maîtrisons pas. Le retour des discours sur la souveraineté est donc un moyen de remettre la délibération collective nationale en majesté. Dans cette situation, il y a deux réflexes possibles : bâtir une politique planétaire – mais cela est impossible en l’absence d’Etat mondial – ou construire des protections nationales raisonnées et coopératives.

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Vous plaidez la réhabilitation des nations. Quelle différence existe-t-il entre votre définition du concept de souveraineté avec le souverainisme brandi dans le débat présidentiel ?

Il y a un souverainisme populiste qui a le vent en poupe depuis quelques années à droite. C’est le souverainisme intégral, celui promu par Steve Bannon [l’ancien conseiller stratégique de Donald Trump] aux Etats-Unis et dont on trouve une traduction chez [le premier ministre] Viktor Orban en Hongrie. Là, il ne s’agit pas de remettre la délibération collective en majesté. Il s’agit plutôt de faire prévaloir la loi du plus fort, en rejetant une partie des citoyens et tout ce qui ne rentre pas dans une certaine vision de la nation : la Commission européenne, la communauté LGBT, les musulmans, les migrants… En réalité, ce souverainisme-là est un fourre-tout émanant d’un vieux suprémacisme identitaire.

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