De Candy à Naruto, comment le manga a conquis la France

« Séries débiles », « japoniaiseries », ou encore, pour citer Eric Zemmour dans le texte, « merdes infâmes avec trois mots de vocabulaire » : on peut admirer la créativité des adversaires des mangas quand il s’agit d’accoler des sobriquets à l’objet de leur ire. Il n’y a pas si longtemps, et encore parfois aujourd’hui, les bandes dessinées et séries japonaises étaient considérées comme si « terribles » qu’on leur prêtait le pouvoir de lobotomiser des générations d’enfants, happés par ces histoires brutales et hypersexualisées. On plaint ces mangaphobes : malgré leur colère, lesdites BD japonaises n’ont jamais été aussi populaires.

Entre effets de mode et montée en puissance, les mangas ont progressivement quitté leur image de culture violente et bas de gamme pour s’inscrire comme l’une des littératures les plus en vogue de notre époque. Que ce soit dans les paroles du rappeur Damso, dans les salles de cinéma avec la sortie triomphale du film Demon Slayer (2019), ou même sur les tatouages dorsaux du génie brésilien du football Neymar, cette culture est partout. « Désormais, on trouve des mangas même dans une petite librairie de quartier, témoigne Satoko Inaba, directrice éditoriale manga des éditions Glénat. Les rayons consacrés aux bandes dessinées japonaises grossissent à vue d’œil et on n’a jamais reçu autant de demandes de publication de jeunes mangakas français. C’est du jamais-vu. »

« C’est à la mode », nous explique Elise, forcément à la pointe des tendances, puisqu’elle a 9 ans. « Il y a deux ans, on n’en parlait pas du tout à l’école, explique cette passionnée de Dragon Ball Super, en se remémorant cette époque quasi préhistorique. Mais, maintenant, tout le monde connaît les séries comme My Hero Academia ou L’Attaque des Titans. » Avant de s’empresser de se justifier : « Même si moi je suis encore trop jeune pour avoir le droit de les regarder. »

Socle culturel

Les cours de récréation sont devenues des agoras, dans lesquelles on devise avec érudition des mérites respectifs de One Piece ou de Naruto. Parfois, les esprits s’échauffent : on se dispute, on s’énerve et s’invective, pour savoir qui du valeureux guerrier Son Goku (Dragon Ball) ou de l’impassible Saitama (One Punch Man) remporterait un match fictif.

Depuis le coin fumeur de son lycée breton, Solal, 16 ans et passionné de Berserk, s’amuse de cet enthousiasme partagé. « Il suffit de jeter un coup d’œil dans le lycée pour s’en apercevoir. Beaucoup de personnes portent des tee-shirts ou des pulls inspirés d’anime. Le plus frappant, ce sont les accessoires comme les coques de téléphone à l’effigie des personnages de leur série préférée. Ou sur leur fond d’écran, plus discret. »

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