De « Fakir », à « Debout les femmes », François Ruffin dans « Le Monde »

Le député La France Insoumise Francois Ruffin, le 21 septembre 2020, venu soutenir les employés de l’usine de pneus Bridgestone à Béthune (Pas-de-Calais), en lutte contre la fermeture du site annoncée une semaine plus tôt.

Le député-reporter François Ruffin revient sur les écrans. Debout les femmes !, le road-movie parlementaire qu’il a réalisé avec Gilles Perret, sortira en salle le 13 octobre. Suivi par son acolyte, caméra à l’épaule, l’élu insoumis de la Somme va à la rencontre des aides à domicile, femmes de ménage, auxiliaires de vie, ces métiers « du lien » qui gagnent à peine le smic et sont en première ligne. C’est d’abord comme journaliste trublion que François Ruffin apparaît, en 2001, dans les colonnes du Monde.

Dans sa ville natale, Ruffin, étudiant en lettres, a lancé son fanzine, Fakir, depuis deux ans, quand Jean-Paul Dufour raconte le bras de fer judiciaire du jeune journaliste contre le premier adjoint au maire d’Amiens. Le papier est court, mais il est clair que François Ruffin fait déjà de chaque audience judiciaire une caisse de résonance… « Au départ, le côté “affaires” ne m’attirait pas vraiment. Ce qui m’intéresse, c’est le conditionnement médiatique », lâche alors malicieusement à Dufour celui qui vient d’intégrer le CFJ, la prestigieuse école de journalisme parisienne.

Il en sort deux ans plus tard avec son premier livre sous le bras, Les Petits Soldats du journalisme (Les Arènes, 2003). Un brûlot qui raconte de l’intérieur « de manière très critique les méthodes d’enseignement du Centre de formation des journalistes ». Le 4 mars 2003, Laurence Girard, Daniel Psenny et Frédéric Lemaître lui consacrent une pleine page en rubrique société. Frédéric Lemaître, pas forcément séduit par son jeune confrère, voit déjà en Ruffin un « militant davantage qu’[un] observateur » et conclut ainsi sa chronique : « Accompagné de caricatures au vitriol, le livre a la force des pamphlets bien écrits. (…) A trop vouloir prouver, l’auteur finit par tomber dans le travers qu’il dénonce : le simplisme. »

« Rapide, cultivé, malin »

Dans les années qui suivent, François Ruffin se révèle graphomane (une douzaine de livres en moins de dix ans), et Le Monde, parfois, fait des impasses. Jusqu’à ce qu’il réapparaisse sur les écrans, métamorphosé en « Michael Moore français ». L’image est née sous la plume de Jacques Mandelbaum, qui, en février 2016, couvre avec un enthousiasme débordant la sortie de son film manifeste, Merci Patron !,comédie documentaire insolente où « François Ruffin dénonce les conséquences de la politique de délocalisation du groupe LVMH ». Une critique enthousiaste, doublée d’un portrait contrasté de Ruffin en « chevalier sans peur et sans remords », signé Laurent Carpentier.

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