De la chronique politique au militantisme d’extrême droite, Eric Zemmour dans « Le Monde »

Eric Zemmour, à Paris, le 22 avril.

Une fois de plus, le 2 juin, la question a été posée au sein de la rédaction du Figaro : que faire d’Eric Zemmour ? Concernant les accusations d’agressions sexuelles révélées par Mediapart, son employeur juge qu’il n’y a pas d’affaire. Quant à la multiplication des signaux d’une candidature potentielle à la présidentielle, Alexis Brézet, le directeur des rédactions, réclame de la patience : « Le jour où il manifestera ses intentions, il ne pourra plus écrire pour Le Figaro. »

Journaliste ? Politique ? La lecture des articles que Le Monde a consacrés à Eric Zemmour raconte autant sa bascule progressive du journalisme politique au militantisme d’extrême droite que la transformation ­profonde du paysage médiatique français des vingt dernières années, marqué par ­l’explosion des chaînes d’information en continu et de la culture du clash.

Réputé pour sa plume acerbe

La toute première fois que le quotidien écrit son nom, le 29 avril 1994, c’est dans sa revue de presse quotidienne – rubrique aujourd’hui disparue. Un de ses articles, paru dans Le Quotidien de Paris, sur Michel Rocard, y est brièvement cité. Mais c’est le 3 septembre 1999 que son nom apparaît dans un titre. Il s’agit d’une brève du « Monde des livres » signalant son premier roman, Le Dandy rouge, sur « la vie trop calomniée de ce fondateur du premier parti socialiste d’Europe », Ferdinand Lassalle.

« Un réactionnaire préfère les chansons d’Aznavour et Brel à celles de Joey Starr ou Cali. » Eric Zemmour dans une tribune au « Monde » en 2007

Zemmour, journaliste politique au Figaro depuis trois ans, est réputé pour sa plume acerbe. Il publie régulièrement des livres. Ses obsessions sont déjà là : Les Rats de garde (Stock, 2000), coécrit avec Patrick Poivre d’Arvor, est une fable oubliée dans laquelle des journalistes se donnent pour mission de « “tout révéler des frasques sentimentales et sexuelles de nos hommes politiques” », résume Thomas Ferenczi, le 4 février 2000.

Deux ans plus tard, L’Homme qui ne s’aimait pas (Balland), une biographie de Jacques Chirac écrite d’une « plume méchante », contient un scoop, annonce Hervé Gattegno le 18 janvier 2002 : le rendez-vous clandestin du chef de l’Etat avec Jean-Marie Le Pen en 1988. En 2006, Le Premier Sexe (Denoël), un pamphlet sexiste, s’affole de ce que les « femmes deviennent des hommes et réciproquement », moquait Dominique Dhombres dans un article du 25 février 2006.

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