De la fiction à la réalité, le tourisme spatial dans « Le Monde »

L’équipage de Blue Origin après le vol de la fusée, mercredi 13 octobre, au Texas.

Dans la série télévisée Star Trek, dont la diffusion a débuté en septembre 1966 aux Etats-Unis, l’acteur William Shatner incarnait l’emblématique capitaine Kirk, le héros à la tête du vaisseau spatial USS Enterprise. Ce mercredi 13 octobre, le comédien de 90 ans, a embarqué, pour de vrai, à bord d’une fusée construite par Blue Origin, l’entreprise du milliardaire Jeff Bezos, pour un vol à plus de 100 kilomètres d’altitude – soit la « frontière » entre l’atmosphère et l’­espace. Il devait donc rejoindre la douzaine de touristes de l’espace qui ont déjà mis un pied hors de l’orbite de l’atmosphère de notre ­planète.

Pendant deux décennies, dans Le Monde, le tourisme spatial a suscité autant d’enthousiasme que de crainte. La première fois que le journal l’évoque dans ses colonnes, c’est pour relater un désistement. Le 8 juin 1999, le journaliste Hervé Morin raconte comment le magnat britannique de la gestion des déchets Peter Llewellyn a annulé son départ, à bord d’un vaisseau russe Soyouz, pour la station Mir, dans laquelle il avait prévu de passer dix jours. Un voyage à 100 millions de dollars, tout compris. Cet échec vient corroborer les doutes de l’auteur sur la possibilité de ce tourisme de science-­fiction : « Pour quelque temps encore, notre banlieue terrestre reste un espace réservé aux routards professionnels des agences spatiales. »

Une possible industrie

L’annonce, le 28 avril 2001, du départ du premier touriste de l’espace, l’Américain Dennis Tito, dont le billet pour la Station spatiale internationale à 20 millions de dollars sert à renflouer les caisses du programme spatial russe – responsable du voyage –, attise ­pourtant la curiosité. « Ce contrat pourrait en annoncer bien d’autres », pronostique le ­reporter François Bonnet, le 24 mars 2001.

Plusieurs voyageurs, toujours envoyés par Moscou, viennent appuyer cette intuition. Elle se confirme quand des entreprises américaines rejoignent, en 2004, ce qu’Hervé Morin imagine comme une possible industrie, plus seulement réservée aux hommes d’affaires « capables de débourser 20 millions de dollars pour un strapontin sur Mir ou la station spatiale ». Le journaliste cite, le 5 octobre 2004, une étude américaine estimant à 15 000 le nombre de volontaires à l’horizon 2020.

Le développement de Virgin Galactic, Blue Origin et SpaceX, respectivement dirigées par les milliardaires Richard Branson (Virgin), Jeff Bezos (Amazon) et Elon Musk (Tesla), suscite une attention médiatique importante. En 2005, The Space Tourist’s Handbook (« le guide du touriste de l’espace »), écrit par Eric Anderson, le PDG de Space Adventures, est décrit par Eric Leser, correspondant aux Etats-Unis, comme un « vrai guide touristique », dans lequel on peut lire les « instructions données aux millionnaires sur le décollage ».

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