De la scène au « Belmondisme », Jean-Paul Belmondo dans « Le Monde »

Jean-Paul Belmondo dans « L'aîné des Ferchaux », de Jean-Pierre Melville, sorti en 1963.

Robert Kemp, critique théâtral du Monde, se décrivant lui-même comme « maniaque et grognon » avec le sage recul de ses 75 ans, rend compte dans trois articles successifs, à partir du 4 juillet 1955, du concours final du Conservatoire national d’art dramatique de Paris. Le futur académicien et autoproclamé spectateur soupe au lait se livre à un jeu de massacres avec cette promotion qui figurera plus tard en haut des affiches du cinéma ­populaire français (Jean-Pierre Marielle, Claude Rich, Jean Rochefort, Bruno Cremer, Françoise Fabian, Annie Girardot).

Pas un ne trouve grâce à ses yeux. Si, peut-être ce M. Marielle qui fait un Pancrace potable dans Le Mariage forcé, de Molière. « A la rigueur également, on aurait pu encourager le Scapin de M. Belmondo, qui dessine avec ses longues jambes des Z, des X, des N… Il se donne du mal. Sa voix ferait éclater les murailles. Des autres, rien à dire. » S’estimant sans doute victime d’un accès de faiblesse, il rectifie ensuite le tir sur le sieur Belmondo, qualifié d’« ardent artilleur ». « Ce dernier, en Scapin de la place Pigalle – accent traînant et qui rappelait Prosper, le roi du macadam – était impossible », ronchonne-t-il. Il estime l’accessit qui lui est accordé « vraiment indulgent ».

Pourtant, en 1958, signant désormais « Robert Kemp de l’Académie française », le critique tresse des lauriers au comédien qui joue dans Oscar, un vaudeville de Claude Magnier qui sera adapté plus tard au cinéma avec Louis de Funès. « M. Belmondo brille de bonne humeur, et de jeunesse », écrit le journaliste en pâmoison. Il est encore dithyrambique l’année suivante après avoir assisté à Trésor-Party, de Bernard Régnier. « L’ensemble repose sur M. Belmondo, jeune comédien plein de feu, volubile, clair de sourire, sonore, trépignant. Il est doué. Il a un tempérament », s’enthousiasme-t-il.

Mélange d’admiration et d’agacement

Le critique de cinéma Jean de Baroncelli n’est pas en reste. Il l’encense dans Un drôle de dimanche, de Marc Allégret, sorti en 1958. « Signalons enfin dans le rôle du trompettiste le jeune Belmondo. Il devrait faire une belle carrière. » Pour l’étriller l’année suivante dans A double tour, de Claude Chabrol, estimant l’acteur « excessif, parodique et caricatural dans son personnage de fiancé abusif ». Sous Belmondo, perce « Bébel ». Le jeune premier à l’incomparable trogne n’a que 26 ans mais, déjà, se lit dans les colonnes du Monde le mélange d’admiration et d’agacement devant le talent du personnage et ce qu’il en fait parfois.

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